Déclaration de laïcité

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La Voix de l'Est

Peu importe l'issue du scrutin du 19 octobre, étant donné le fort consensus québécois anti-niqab, Philippe Couillard devrait, avec son projet de loi 62 sur la neutralité de l'État (déposé par la ministre de la Justice Stéphanie Vallée le 10 juin dernier), régler la question des signes religieux en général et, en particulier, protéger notre Charte du virus de l'intégrisme religieux extrême, à la satisfaction de tous les Québécois.

Pour y arriver, je suggère qu'apparaisse au coeur de ce projet la volonté d'inscrire dans notre Charte des droits et libertés de la personne, une déclaration de laïcité qui pourrait être formulée ainsi: l'État est neutre, mais également laïque. Ce qui signifie que la liberté de conscience y est première et précède tout choix religieux.

 Cette liberté est célébrée une fois par année lors d'une journée dite de la laïcité. Les personnels des institutions publiques sont invités, pour ce jour, à laisser librement à la maison tout signe religieux.

Le choix de signes religieux portés par les personnels, dans les institutions de l'État, doit être compatible avec l'esprit de la Charte donc respectueux de ses valeurs les plus fondamentales, telles la dignité de la personne humaine et l'égalité entre les hommes et les femmes.

Dans les institutions laïques, soit les institutions de l'État, ne sont pas admis les signes religieux suivants: la burqa, le niqab et le tchador...

Je suis conscient que ma proposition trouvera peu d'appui auprès des tenants de la laïcité classique à la française pour qui la laïcité ne peut être définie autrement que par l'interdiction totale des signes religieux ostentatoires pour le personnel, en totalité ou en partie, des institutions publiques.

Je suis conscient également que les tenants de la libre expression religieuse - y compris dans les institutions publiques, qu'ils estiment être protégée par les Chartes des droits québécoise et canadienne - hausseront les épaules, se disant: «On a le plus pourquoi accepter le moins?»

Le projet de loi 62, tel que présenté, ne règle aucunement le problème de la laïcité. Il se contente de l'éviter en parlant de neutralité qui n'est pas dans les faits un problème puisque l'État, par définition, se doit d'être neutre.

Aux quelques dispositions utiles de ce projet et inspirées du projet de loi 60 de Bernard Drainville concernant les accommodements religieux, ma proposition, si elle était retenue, en serait une de compromis, certes, mais aussi de progrès pour le «vivre ensemble» québécois.

Progrès, parce qu'elle demande aux laïques de renoncer à la laïcité 364 jours sur 365 et de miser sur l'espoir que la journée volontaire de la laïcité devienne une journée de célébration phare de la liberté de conscience, et marquante pour notre culture.

Progrès, parce qu'elle invite en particulier les femmes voilées à se dévoiler 1 jour sur 365 et de le faire librement, envoyant ainsi au monde entier le message que le port du voile au Québec est libre, ainsi que de l'espoir à toutes les femmes obligées de le porter à travers le monde.

Il est vrai qu'au nom des Chartes, il faudrait tolérer le niqab même si la majorité de la population le désapprouve. Mais il est encore plus vrai qu'au nom de la dignité et du respect de la personne humaine, qui constituent le fondement de notre Charte des droits et libertés de la personne, il faut impérativement protéger ce fondement de tout virus.

Il ne faut pas déconnecter l'exercice des droits et libertés de leur fondement, et c'est ce que font malheureusement les défenseurs du niqab, principalement au nom de la Charte canadienne.

Puisque ma proposition invite à s'abstenir d'exercer un droit religieux le jour de la laïcité, il serait peut-être séant d'accepter que ce même jour, le niqab, la burqa ou le tchador puissent être portés librement pour exprimer un désaccord avec la restriction d'un droit religieux. Auquel cas, il faudrait ajouter à la déclaration de laïcité l'énoncé suivant:

La burqa, le niqab et le tchador peuvent être portés librement dans les institutions publiques laïques lors de la journée de la laïcité au nom du libre arbitre et, en conséquence, du droit de manifester un désaccord avec la restriction d'un droit.

Cette proposition du citoyen Forcier pourrait-elle être une clé politique à considérer pour régler la question de l'équilibre entre laïcité et religion au Québec et nous sortir ainsi de l'impasse identitaire qui a déjà trop duré? Il ne suffirait qu'un peu de bonne volonté de la part de toutes les parties intéressées par cet enjeu.

 

Denis Forcier

Shefford

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