La désinformation concernant la grève des profs

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La Voix de l'Est

J'hallucine. Il y a encore des parents qui ne s'informent pas sur les raisons motivant la grève et qui chialent contre les profs. Ceux de leurs enfants. J'entends encore des gens qui demandent: «Avez-vous pensé que c'est aussi plein d'entreprises privées que vous prenez en otage le 30 septembre, parce que leurs employés, des parents, devront prendre congé?»

Euh oui, c'est le but d'une grève, d'avoir des répercussions pour faire réagir le gouvernement. Mais connaissez-vous vraiment les vraies raisons de la grève? Parce que malgré que des tas de gens partagent un tas de trucs sur les réseaux sociaux concernant la réalité des profs et les offres patronales scandaleuses qui leur sont faites, je suis tannée d'entendre encore des gens me comparer, moi, à des cadres ou à des travailleurs en entreprises qui «eux non plus ne sont pas payés pour leurs heures supplémentaires».

Non, mais je rêve ou quoi? Nous ne faisons pas la grève pour une question salariale! On ressasse encore les: «Ça a des mois de vacances l'été pis ça chiale pour se faire payer ses heures de plus». Eh oui, je l'ai encore entendue celle-là il n'y a pas longtemps. SVP, renseignez-vous!

Nous faisons la grève pour améliorer la qualité de l'éducation, pas la qualité de notre portefeuille! Ça, c'est une tout autre bataille (...) L'enseignant, qui a à coeur sa profession et la réussite de chacun de ses élèves, redouble d'efforts. Il voudrait téléphoner à la maison pour faire un suivi plus serré, peut-être même avec vous, rencontrer l'élève après le cours pour lui réexpliquer dans le calme les notions plus difficiles.

Mais depuis que son temps de travail a été augmenté d'entre 10 et 25%, il doit réaliser des tâches administratives imposées par la direction. À la fin de sa journée, aux environs de 17h, l'enseignant se rend bien à l'évidence: il n'a pas le temps aujourd'hui d'appeler le parent ou de répondre au courriel. Demain, se dit-il.

Une journée doit bien se terminer un moment donné. Après tout, il faut faire souper les enfants, d'autant plus que ce qui l'attend de correction et de planification en soirée, en vue de sa journée de demain, n'est pas encore entamé. Le lendemain, les mésaventures se répètent avec d'autres élèves, puis d'autres.

L'enseignant ne se plaint pas le ventre plein. Oui, c'est son travail de s'occuper de ce que je viens d'énumérer. Il le fait d'ailleurs avec conviction, passion et professionnalisme, souvent au détriment de son temps personnel. Par manque de temps. Pas par manque de désir. C'est impuissant qu'il se voit tasser du revers d'un bras très long les tâches qui n'ont pas été retenues, bien que primordiales, pour faire partie de sa «checklist» du jour.

Le contrat d'un enseignant à temps plein au secondaire prévoit lui demander de travailler 32 heures pour son salaire. Ces 32 heures sont remplies par son enseignement, mais aussi par nombre de tâches autres, dont plusieurs tâches administratives (réunion, rencontres, surveillances, etc.). Les nouvelles offres sorties il y a quelques jours dans les négociations proposent 40 heures!

Ne pensez pas: «Ben oui, 32 heures, c'est peu, comparé à d'autres jobs!» Je ne connais aucun prof à temps plein qui ne travaille que 32 heures à l'école. Notamment pour des raisons d'accompagnement d'élèves et de souci de leur réussite, de planification, etc. On en fait tous déjà plus. On reste tous à l'école plus tard que prévu, on rapporte tous du travail à la maison. En étant payés 32 heures. Maintenant, on nous propose de faire passer nos 32 heures exigées à l'école, à 40 heures.

Ce sont des heures assignées! Nous ne pourrons pas plus faire notre planification et toutes ces choses qui font de nous des bons enseignants soucieux de la qualité de leur travail. Non, puisqu'il s'agira peut-être d'autres tâches administratives, à réaliser à l'école... pour le même salaire. Vous travailleriez, vous, 25% plus d'heures, pour le même salaire, hebdomadairement?

Et, en terminant, puisque nous abordons finalement la question du salaire. Pensez-vous vraiment que les profs sont bien payés pour ce qu'ils font? (...) Le salaire moyen d'un prof? Selon Statistique Canada, donc ce sont des moyennes, au départ: 40 317$. Après 10 ans: 58 643$. Après 15 ans (haut de l'échelle): 72 212$. On parle ici d'enseignants à temps plein permanent (après 15 ans).

Honnêtement, des nouveaux enseignants qui peuvent gagner 40 000$ par an, je n'en connais pas. Parce qu'ils sont en bas des listes de priorité d'emploi, et donc quand ils sont chanceux, ils ont un contrat à 30% ou 40% de tâche (salaire suivant), et puis travaillent comme des forcenés à l'école, en dehors des périodes où ils enseignent, pour monter leurs cours dans le temps qu'ils ont, s'il leur en reste... et après, à la maison.

Oh! Et pendant que nous y sommes. Si vous êtes obligés de prendre congé du travail à cause des profs (qui manifestent) pour garder vos enfants à la maison: allez donc manifester avec eux! Vos enfants vous seront reconnaissants plus tard d'avoir pris «de leur bord» ! Merci.

 

Stéphanie Roy, enseignante

Granby

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