Niqab, grosse barbe et lunettes...

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La Voix de l'Est

Ainsi la Cour fédérale d'appel a statué qu'il n'y a rien d'illégal pour une femme de se présenter la figure cachée par un niqab lors d'une cérémonie d'assermentation à titre de nouvelle citoyenne canadienne.

En pleine campagne électorale, cette décision est percutante, car elle pose clairement que la liberté au Canada ne doit souffrir d'aucune limite injustifiée. Bref, selon nos lois, il n'y aurait pas de différence entre un niqab porté par une femme ou une grosse barbe surplombée par de grosses lunettes de soleil portées, pour un motif quelconque, par un homme.

 Il y a là, bien sûr, une question de convenance, mais si, malgré des choix d'accoutrements discutables pour une cérémonie d'assermentation ou même pour le vote, l'identité de la personne est préalablement et autrement assurée, le problème est d'un point de vue légal inexistant.

Voilà une vision honorable de la liberté. On peut comprendre que Justin Trudeau et Thomas Mulcair se déclarent en faveur de cette décision de la Cour d'appel, et par voie de conséquence, en faveur du port du niqab.

Mais avoir le visage caché par un niqab n'est pas exactement l'équivalent de l'avoir caché par une barbe surplombée de grosses lunettes de soleil. Aussi, endosser la décision de la Cour d'appel, sans discernement, comme ils le font, accrédite la légitimité de ce niqab à titre de signe religieux protégé par la liberté de religion contenue dans nos Chartes.

En conséquence, en se positionnant ainsi, messieurs Trudeau et Mulcair disent aux Canadiens que le niqab n'est pas offensant à l'égard des femmes, à l'égard de leur dignité et de l'égalité, valeurs par ailleurs protégées aussi par ces mêmes Chartes. Ils disent aussi aux Canadiens que dans ce pays une citoyenne peut être assermentée à titre de citoyenne fantôme et ainsi être soustraite au regard des autres citoyens. Finalement, une autre question se pose aussi: diraient-ils la même chose s'il s'agissait d'un citoyen fantôme, donc d'un homme?

Heureusement, Philippe Couillard, Gilles Duceppe et pratiquement tout le Québec dénoncent avec Stephen Harper ce jugement de la Cour d'appel concernant le niqab. Il y a donc consensus au Québec. Ce voile ne doit pas couvrir le visage lors d'une cérémonie d'assermentation officielle ni pour le vote ni pour tout contrôle officiel d'identité. Non plus pour dispenser ou recevoir un service de l'État.

Au Canada, des dispositions législatives seront adoptées en ce sens si Stephen Harper est réélu. Quant au Québec, peu importe l'issue du scrutin du 19 octobre, Philippe Couillard devrait avec son projet de loi 62 sur la neutralité de l'État (déposé par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, le 10 juin dernier) régler cette question des signes religieux à la satisfaction de tous les Québécois.

Et mon souhait serait celui-ci: qu'apparaisse au coeur de ce projet l'intention d'inscrire dans notre Chartre des droits et libertés, une déclaration de laïcité qui pourrait être formulée ainsi:

L'État est neutre, mais également laïque. Ce qui signifie que la liberté de conscience y est première et précède tout choix religieux. Cette liberté sera célébrée une fois par année lors d'une journée dite de la laïcité. Les personnels des institutions publiques seront invités, pour ce jour, à laisser à la maison tout signe religieux.

Par ailleurs, les choix de signes religieux dans les institutions de l'État doivent être compatibles avec l'esprit de la Charte, donc l'esprit de tolérance et de compatibilité avec ses valeurs les plus fondamentales telles la dignité de la personne humaine et l'égalité entre homme et femme. En conséquence, dans l'espace déclaré laïc ne sont pas admis les signes religieux suivants: la burqa, le niqab et le tchador.

 

Denis Forcier

Shefford

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