Sommes-nous assez riches pour aider les réfugiés ? Réponse.

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La Voix de l'Est

Pour se questionner comme ça, il faut être passablement riche (lettre parue le 8 septembre). Depuis des années, les gens qui consacrent du temps aux campagnes de charité vous le diront, les familles à faibles revenus, curieusement, acceptent de partager généreusement avec les familles plus démunies.

Le charpentier de Nazareth l'avait dit: les bien nantis ont beaucoup de difficulté à poser des gestes de partage. Ils trouvent une foule de raisons pour justifier leur réflexe.

À une certaine époque, les grandes familles pures laines québécoises qui trimaient dur sur les terres de roches pour nourrir leurs nombreuses progénitures plaçaient sur la table une assiette pour l'itinérant qui pouvait arriver à l'improviste. Maintenant que la qualité de vie s'est grandement améliorée pour une partie importante de la population et que les baisses d'impôts réduisent encore tristement le partage équitable de la richesse, nous refusons majoritairement d'accueillir des enfants, des femmes, des personnes âgées et des travailleurs victimes d'éclats de bombes et de cruautés horribles. La droite aurait-elle réussi à tuer la compassion et la solidarité nationale et internationale?

Alors que le Canada, pays membre du G-20, se retrouve au 41e rang des pays d'accueil, cinq pays arabes qui sont loin d'être riches accueillent 95 % des réfugiés syriens. Quel pauvre Québécois et quelle pauvre Québécoise changeraient de place avec les citoyens de la Turquie, du Liban, de la Jordanie, de l'Irak et de l'Égypte?

Si le questionnement s'arrêtait là, ce ne serait pas trop pire mais malheureusement, ce n'est pas le cas. Que nous soyons inconscients de la richesse dans laquelle nous nageons, ça va; mais que nous mordions sans discernement aux multiples bobards suscités par la peur et transmis rageusement par les multiples tentacules de la droite, ça ne va pas.

Comme le faisait remarquer Rima Elkouri dans La Presse, «à force d'être répétées, les faussetés sont prises pour des faits». Concernant le bobard d'une invasion possible par les musulmans, la journaliste explique que les faits sont les suivants: «La population musulmane en Europe atteindra 8 % en 2030. Actuellement, aux États-Unis, la communauté musulmane constitue moins de 1 % et au Canada environ 3 %.» Or, rappelons-le, ces communautés étrangères sont composées de femmes, d'enfants et de travailleurs qui apporteront leur expertise et leur collaboration à l'économie québécoise. Honnêtement et raisonnablement, peut-on craindre une invasion du Québec et du Canada par les réfugiés syriens?

Comme le répétait mon professeur d'Histoire, la roue tourne et nous réentendons les mêmes propos xénophobes et racistes. Nous pensions, apparemment à tort, que 56 millions de morts seraient suffisants pour nous tenir loin de semblables propos. Depuis 1945, des centaines de tueries ont eu lieu pour des questions nationalistes, religieuses ou idéologiques et toujours, on invoque les mêmes raisons: ils vont nous envahir, ils vont nous imposer leur culture, ils vont prendre nos emplois. Or dans les faits, aucun pays sur la planète Terre n'a vu sa population vivre ces apocalypses.

Au cours des dernières années, les partis politiques de droite ont manié avec une efficacité redoutable l'arme de la peur. Leurs succès électoraux font frémir l'Amérique et l'Europe: le Front national de Marine Le Pen, l'ADQ de Mario Dumont, le Parti républicain avec Donald Trump, le Parti conservateur de Stephen Harper. Ces mêmes vagues de peur, de haine et d'ignorance envahissent l'Autriche, la Suède, le Danemark, l'Allemagne, la Hongrie et Israël. En fait, les 56 millions de morts de la Deuxième Guerre mondiale n'ont pas réussi à nous faire comprendre que la paix consistait à vivre en harmonie AVEC nos différences. 

André Beauregard

Shefford

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