Le Bloc, c'est le refus du Canada

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La Voix de l'Est

Le Bloc québécois, depuis sa fondation à la suite de l'échec de Meech, fut le parti politique québécois qui a incarné sur la scène fédérale le refus du Canada de 1982 qui s'est constitué, grâce à Pierre Eliott Trudeau et ses députés fédéraux, en sacrifiant le concept de nation québécoise et de peuple fondateur au profit du statut de simple minorité ethnique au Canada.

Ce statut a été maintenu et renforcé par le rejet de l'accord du Lac Meech par les provinces canadiennes à l'invitation pressante de Pierre Eliott Trudeau et de Jean Chrétien. Ce dernier gratifia plus tard Clyde Well, premier ministre de Terre-Neuve, d'un baiser pour son excellent travail de saboteur.

 Rappeler ces faits est devenu d'un ennui et d'une tristesse. Car de plus en plus nos fédéralistes québécois, tel Philippe Couillard, acceptent ce Canada et ne revendiquent plus rien de fondamental concernant le statut du Québec, pour ne s'en tenir qu'aux «vraies affaires». La présente campagne électorale illustre bien à quel point la défense du Canada d'avant et d'après 1982 est à l'ordre du jour. Jean Chrétien, lui-même, vient de faire une réapparition soudaine disant qu'il a honte de Stephen Harper, qui en près de dix ans a réussi à ternir sérieusement la réputation du Canada dans le monde, donnant ainsi de l'eau au moulin aux libéraux, néo-démocrates, verts qui scandent en choeur le même slogan: il faut se débarrasser de Harper.

Et étrangement, cette honte pour le Canada de Harper, des souverainistes la partagent. En conséquence, ils se proposent d'appuyer le NPD et de bouder le Bloc, du moins si on se fie aux sondages de la semaine dernière. C'est ici que les choses se corsent. Car un tel appui semble complètement illogique en plus de constituer un piège à ours au profit des fédéralistes contre les souverainistes.

En effet, si le vote souverainiste en faveur du NPD se traduisait par l'échec de Gilles Duceppe et du Bloc, voilà qu'à Ottawa nous retrouverions que des partis et des députés fédéralistes. Quelle belle victoire ce serait pour le fédéralisme et le Canada de 1982. Enfin, le Bloc étant mort, il serait facile de conclure que les Québécois acceptent maintenant le Canada d'aujourd'hui tel quel, qu'il soit, le 19 octobre, celui de Trudeau ou de Mulcair.

Si une telle chose se produit, nos fédéralistes québécois jubileront et voudront croire et, surtout faire croire que c'est la fin aussi du Parti québécois et du projet souverainiste. Mais en réalité, ils constateront rapidement que celui-ci vient de prendre une toute autre dimension, parce que les énergies seront enfin mises, exclusivement, à désirer un pays pour le Québec et non plus, à refuser le Canada de 1982 ou encore à souhaiter son amélioration.

Denis Forcier

Shefford

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