Objection de conscience et euthanasie

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La Voix de l'Est

Le retour dans l'actualité de la loi sur les «soins de fin de vie» ramène la question de l'objection de conscience. Quelques précisions s'imposent.

L'objection de conscience est un droit fondamental de la personne, un droit moral ou éthique. Même s'il n'est pas légalisé comme tel. Il est une suite de la liberté de conscience et d'action. À la limite, il justifie la désobéissance civile.

 Ce n'est pas parce qu'une loi permet l'euthanasie que cela enlève aux médecins le droit de refuser de poser certains actes qui heurtent leur conscience. Quitte à ce qu'ils disent au patient qui la demande où s'adresser ou mieux à qui s'adresser, mais cela ne peut être une obligation. À la limite, dans des endroits ou certaines régions où il n'y a pas de médecins consentants, je comprends qu'un médecin objecteur puisse décider d'intervenir lui-même exceptionnellement.

 Les maisons de soins palliatifs peuvent très bien afficher leur politique et y tenir, quitte ici aussi à dire à un patient où aller pour obtenir ce qu'il désire. Ma seule réserve concerne les unités de soins palliatifs dans les hôpitaux publics, qui, à mon avis, ne peuvent avoir un tel objectif institutionnel. Cela n'enlève cependant pas à chacun des médecins le droit de refuser de poser l'acte demandé, quitte pour être cohérent à aller travailler ailleurs.

 On ne peut, par ailleurs, jouer sur les mots. Donner la mort, même de manière délicate et sans souffrance, n'est pas un soin, encore moins un soin de fin de vie. C'est explicitement un acte d'euthanasie («donner la mort par compassion») accompli, dans les circonstances, par un médecin.

 Globalement, la société, le gouvernement et le Collège des médecins doivent prioriser les soins palliatifs. C'est la seule façon de prévenir les abus et de maintenir dans la population le sens des valeurs, le sens de la vie, la compassion, voire l'altruisme.

 Concrètement, il faut une éducation du public et des médecins - oui, des médecins qui pratiquent encore l'acharnement thérapeutique - sur les interventions possibles en cas de grandes souffrances, interventions légales depuis longtemps et conformes à l'éthique de la plupart des gens, y compris des grandes Églises: refus de traitements, arrêt de traitements qui prolongent la vie, contrôle adéquat de la douleur et soins globaux personnalisés. Il arrive que la mort suive - il ne faut pas se le cacher - mais l'intervention n'est pas la cause directe du décès: l'acte ne constitue pas de l'euthanasie (à moins de reprendre la distinction complexe et ambiguë d'euthanasie passive).

 

Guy Durand, théologien et juriste, spécialisé en éthique

Dunham

 

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