Le crucifix n'a pas sa place au Salon bleu!

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

Quelle tristesse, M. Durand, de vous laisser aller à une argumentation aussi biaisée. Vous savez très bien que le crucifix a été déposé par Maurice Duplessis pour des raisons strictement politiques. Il cherchait à obtenir l'aval du clergé. Votre argumentation repose sur une très mauvaise comparaison parce que vous savez très bien qu'il existe une véritable différence entre le crucifix et les exemples cités: drapeau et armoiries. Premièrement, vous savez très bien que les motifs en lien avec l'esthétique et le patrimoine sont impossibles à justifier. Deuxièmement, vous savez aussi que le crucifix a une signification totalement univoque: il représente le christianisme et non pas le passé québécois. Par contre, le drapeau et les armoiries ne font pas référence uniquement à une religion, mais comportent également une signification sociale, culturelle et politique. Connaissez-vous une seule personne qui songe reconnaître ces éléments à titre de symboles chrétiens? Tous savent qu'ils font référence à une culture publique commune.

Mais l'enjeu du crucifix, c'est seulement la place où il est accroché. Ce crucifix doit absolument être retiré de son emplacement actuel et placé dans un autre endroit du Parlement québécois. Pourquoi? Tout simplement parce qu'accroché à la place actuelle, il indique à toute la société québécoise que les parlementaires sont soumis et subordonnés aux dogmes et règles du légalisme catholique fondé sur des textes souvent très anciens d'une civilisation bien différente de la nôtre. Maintenir le crucifix à l'Assemblée nationale, c'est un déni de la liberté parlementaire et une indication que le catholicisme est et demeure la religion de l'État québécois. Les parlementaires qui ne sont pas catholiques n'ont-ils pas voix au chapitre? Manifestement, ce n'est pas le cas. D'ailleurs, peut-on dire que le Québec est aujourd'hui majoritairement catholique? Nous devons être prudents lorsque nous interprétons les statistiques. Ce n'est pas parce qu'une bonne partie des francophones sont baptisés qu'ils font réellement partie d'une communauté de croyants catholiques.

C'est même un déni du pluralisme de notre société tant sur le plan philosophique, politique que religieux. C'est même un déni du droit: est-ce que la supposée majorité «chrétienne» de par son statut majoritaire devrait imposer ses normes à l'ensemble des citoyens et citoyennes?   Les chartes des droits du Québec et du Canada cherchent justement à protéger les groupes minoritaires de l'arbitraire parfois tyrannique de la majorité.

Par ailleurs, que vous vous opposiez au multiculturalisme canadien, fort bien, mais vous ne pouvez certainement pas nier la diversité largement présente au sein de la société québécoise. Il est important de souligner que ce pluralisme ne résulte pas d'abord de l'immigration, mais, bel et bien des multiples courants de pensée économiques, politiques, philosophiques et religieux qui habitent normalement et naturellement toute société, et ce, depuis la nuit des temps. Seule la reconnaissance de la neutralité de l'État sur le plan institutionnel peut parvenir à favoriser adéquatement la volonté d'un vivre-ensemble commun conjugué à la saine et merveilleuse pluralité. À une époque où l'accueil de la différence cède le pas à la peur, ne devriez-vous pas rappeler l'importance de l'unité de la réalité humaine dans sa magnifique diversité?

 

André Beauregard

Shefford

 

Tous les détails dans notre édition de jeudi

Abonnez-vous à La Voix de l'Est ou à LaVoixdelEstSurMonOrdi.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer