Les livres... c'est dangereux

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La Voix de l'Est

On rapportait, ces jours-ci, qu'un chauffeur d'autobus scolaire de Saint-Jean-sur-Richelieu a interdit à une jeune «mangeuse de livres» de lire dans l'autobus, car, disait-il, «c'est dangereux».

Il avait raison... les livres, c'est dangereux. C'est tellement dangereux que beaucoup de citoyens n'ont jamais osé franchir la porte de leur bibliothèque municipale ni acheté un bouquin. Il y eut même un ministre de l'éducation du Québec qui proposait de couper dans les achats de livres dans les bibliothèques scolaires. «Il n'y a pas un enfant qui va mourir de ça», avait-il ajouté...

C'est tellement dangereux et peu désirable que certains citoyens veulent «qu'on mette le moins d'argent possible» dans la construction d'une nouvelle bibliothèque. On veut qu'elle soit très-très-très modeste. D'ailleurs ne veulent-ils pas que tout ce qui est culturel à Granby soit modeste. Le faste, c'est pour les installations sportives, pas pour une salle de spectacles, pas pour une bibliothèque. Si on les écoutait, la future bibliothèque serait une boite carrée en carton pas trop épais. Ce serait dangereux, si à Granby, on avait une bibliothèque adéquate, belle et fière. La beauté ne coute pas plus cher que la fadeur.

L'histoire de l'implantation d'une bibliothèque à Granby n'est pas glorieuse. Ce fut notre «grande noirceur», selon l'expression de Daniel Beauregard (*). Déjà, en 1953,La Voix de l'Est écrivait: «Granby est sans doute la seule ville de 30 000 habitants du Canada où ne fonctionne aucune bibliothèque municipale».

Un embryon de bibliothèque survécut jusqu'à l'arrivée de Paul-O. Trépanier, à la mairie. En 1967, il présenta un magnifique projet, nécessitant un emprunt de 116 000$, mais ce fut immédiatement une levée de boucliers. Or, deux semaines après ce référendum, la Ville faisait adopter, sans opposition, un règlement d'emprunt d'un million pour la construction d'un nouvel aréna (Centre sportif Léonard-Grondin). Ce n'est qu'en 1985, après plusieurs projets, tous décriés par la population, que Granby pourra enfin bâtir l'immeuble actuel alors que Drummondville et Saint-Jean avaient entrepris, l'année précédente, des travaux importants d'agrandissement à leur bibliothèque.

D'ailleurs la bibliothèque Paul-O. Trépanier deviendra bientôt inadéquate. On aurait épargné en acceptant le projet initial de Paul-O. Trépanier et notre bibliothèque serait encore fonctionnelle.

Et depuis, on parle, on fait des plans, on reparle... et on remet à plus tard, insistant pour dire que la nouvelle bibliothèque sera modeste. Sûrement plus modeste que le futur centre aquatique. Les livres... tout comme la culture... c'est dangereux.

 

(*) Cf. la recherche de Mario Gendron et le commentaire de Daniel Beauregard dans Société d'Histoire de la Haute-Yamaska, 21 janvier 2015.

 

Émile Roberge, auteur de livres dangereux

Granby

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