Le 8 mars, les femmes et la psychiatrie

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Les femmes seraient majoritaires dans les services psychiatriques, recevraient davantage de diagnostics de dépression et consommeraient plus de psychotropes que les hommes. Et que dire du fait que les électrochocs soient administrés en majorité à des femmes? C'est assez! Il est grand temps de démédicaliser la souffrance féminine et de se défaire de cette idée préconçue qu'elles sont «fragiles» et plus susceptibles de craquer sous la pression.

Depuis longtemps, le corps de la femme a été médicalisé: puberté, contraception, fécondité, maternité, ménopause. À cette emprise de la médecine s'est ajoutée la mainmise de la psychiatrie qui transforme la souffrance psychique en «trouble mental», et ce, sans égard aux conditions économiques, sociales et culturelles dans lesquelles les femmes vivent.

Pourtant, ce sont ces conditions de vie qui sont largement la cause de l'état de santé mentale des femmes. Pensons ici seulement à la précarité financière et aux violences subies.

En effet, les femmes sont plus nombreuses à vivre dans la précarité, le salaire moyen des Québécoises étant largement en deçà de celui des hommes. Combiné à cela le fait qu'elles veillent au bien-être de leurs enfants - parfois toute seule - et/ou encore de leurs parents vieillissants, et ce, tout en travaillant. Les femmes vivent la surcharge et le grand stress occasionné par ces situations.

Autre réalité, celle de la violence physique et psychologique dont les femmes sont victimes. Pour ce qui est des agressions sexuelles, les femmes représentent 7 victimes sur 10 parmi les mineurs, et 9 victimes sur 10 à l'âge adulte, rapporte l'Institut national de santé publique du Québec.

Il ne faut pas punir l'expression de leur souffrance, car, comme l'indique avec justesse le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes, qualifier de pathologies les problèmes de ces femmes accentue les sentiments de honte et d'impuissance qu'elles éprouvent.

Les femmes vivent des symptômes, certes, mais ces symptômes sont ceux d'une société malade! Cessons de voir en leur souffrance un déficit individuel. Il faut collectiviser les problèmes, démédicaliser la souffrance féminine, donner accès à des alternatives en dehors du système médical, favoriser le respect de leurs droits - y compris celui du consentement libre et éclairé à la médication.

En niant les conditions économiques, sociales et culturelles dans lesquelles les femmes vivent et en raison du phénomène de la médicalisation des émotions, nous sommes confrontés à une psychiatrie sexiste! Il est temps que cela cesse!

Doris Provencher,directrice générale de l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ)

 

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