Niqab, multiculturalisme et tribunaux

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La Voix de l'Est

Réaction à la lettre de Christopher Hadjis Chartrand, dans Le Devoir du12 février.

Monsieur, votre lettre sur l'acceptation du niqab m'a profondément choqué. «Le débat sur la liberté de religion est tranché. La jurisprudence est claire, stable et catégorique. Le multiculturalisme a préséance», écrivez-vous. Que de choses contestables. Le multiculturalisme a été introduit dans la Charte à l'encontre de la volonté du Québec, qui n'a d'ailleurs jamais signé cette Charte et qui favorise l'interculturalisme et non le multiculturalisme. La liberté de religion a des limites. Et quand il s'agit de choix sociaux, de comportement d'intérêt commun, dans une société démocratique, de tels choix sociaux relèvent du législatif et non du judiciaire. Ce sont les gouvernements élus, et non les tribunaux, qui ont les moyens et la responsabilité d'évaluer l'à-propos des législations, l'évolution de la société et de décider de ce qui convient au bien commun. C'est un élément de base de la philosophie du droit, qui est rappelé régulièrement par plusieurs juristes. C'est l'argument qui sert de justification à la clause dérogatoire que l'ancien premier ministre Jean Chrétien a toujours défendue, notamment lors des discussions sur la Charte fédérale. À mon avis, le port du niqab, comme de tout vêtement qui cache le visage (burqa, masque, cagoule) et empêche l'identification de la personne (sauf lors de certaines festivités), doit être interdit, non seulement lors de la cérémonie du serment ou lors du vote, mais partout dans les institutions et endroits publics, y compris sur la rue. C'est une question d'intégration, de convivialité, de sécurité et, pour le niqab, d'égalité homme-femme. Il y a lieu d'élargir l'affirmation du ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Chris Alexander, à l'émission Tout le monde en parle le 10 février 2014, à l'effet que le serment requis des demandeurs de citoyenneté continuera de se faire à visage découvert. La France est l'exemple à suivre sur ce point. Il est inconcevable que l'on pense intégration à une société quand on se coupe aussi clairement de ses membres.

 

Guy Durand

Professeur émérite de l'Université de Montréal

auteur de Six études d'éthique et de philosophie du droit, Liber, 2006, 154 pp.

 

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