2/3 des Québécois disent oui à la laïcité?

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La Voix de l'Est

Il y a probablement autant de conception de la laïcité qu'il y a de Québécois. En lisant les propos concernant le crucifix dans une chambre d'un hôpital de l'État, on retrouve à peu près les mêmes arguments qu'au moment où le gouvernement du Québec décidait d'appliquer les recommandations de la commission royale sur l'éducation présidée par Mgr Parent. 

On se rappellera que la création du Ministère de l'Éducation et quelques années plus tard, la déconfessionnalisation du système public de l'éducation avaient suscité de vives réactions de la part des opposants. Ceux-ci défendaient le droit au passé chrétien du Québec à demeurer totalement intact et s'opposaient aux changements incontournables exigés par les nouvelles réalités qui émergeaient alors dans la société québécoise de plus en plus sécularisée et pluraliste.

Au cours des dernières années, la motion proposée par Jean Charest et votée à l'unanimité par le parlement québécois au sujet du maintien du crucifix à l'Assemblée nationale a fermé la porte à une véritable réflexion sur «la neutralité de l'État et sur la liberté de religion», réflexion amorcée de façon tellement intelligente par la commission Bouchard-Taylor. Les préoccupations électoralistes et populistes de nos députés ont été prépondérantes dans cette prise de décision aussi lâche et rétrograde qu'injustifiée.

Le projet de charte de Bernard Drainville qui a suivi n'était pas là pour faire avancer le Québec, mais uniquement pour atteindre des objectifs bassement électoralistes en recherchant le vote xénophobe et islamophobe. Sa commission parlementaire n'a permis qu'une seule chose: donner une voix à un océan d'inepties et d'ignorances et ainsi creuser le fossé entre les adeptes obstinés d'un statu quo chrétien et les opposants radicaux à la liberté religieuse. 

Toujours en lisant les lettres du 20 et 21 janvier, il semble que le mot «patrimoine» soit devenu l'argument final qui fermera éternellement la porte à toute démarche vers une véritable neutralité de l'État et qui cimentera à tout jamais le caractère chrétien viscéralement et faussement accroché à l'État québécois. Tout et absolument tout ce qui touche de près ou de loin au monde chrétien deviendrait patrimonial et donc intouchable! 

Imaginez tout le travail qui attend les 2/3 des Québécois favorables à la laïcité; ils auront à convaincre l'autre 33% de la population du bien-fondé des objectifs de la laïcité, un bien-fondé déjà reconnu en 1598 par Henri IV dans le Royaume de France. L'évolution de l'humanité connaît non seulement des périodes de grandes stagnations, mais parfois aussi de grands reculs. Où la société québécoise se situera-t-elle? Ira-t-elle vers une laïcité opposée à la liberté religieuse ou une laïcité pro chrétienne et anti musulmane? Dans les deux cas, elle fera fausse route.

Faut-il rappeler que la neutralité religieuse dont on fait mention s'applique à l'État et non aux individus? C'est l'État qui doit manifester sa neutralité dans ses institutions, ses actions, ses décisions, ses lieux de travail. Par contre, tous les individus, qu'ils soient administrateurs, fonctionnaires et clients, conservent leur liberté de religion. Ce qui signifie en pratique que toute personne qui n'exerce pas une fonction d'autorité peut avoir en sa possession ou porter sur elle des symboles religieux, mais en aucun temps ces symboles ne doivent apparaître sur les murs des institutions scolaires, des tribunaux, des chambres d'hôpital, des hôtels de ville, des bureaux ministériels, des centres de services et du parlement.

André Beauregard

Shefford,

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