Avant sa sortie de votre tête

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La Voix de l'Est

Monsieur Bernard Drainville,

On apprenait dans Le Devoir du 16 décembre qu'un projet de charte de laïcité allait, après Noël, sortir de votre tête. Qu'il serait plus ou moins d'inspiration caquiste donc plus souple et consensuel que votre défunt projet de loi 60. Avant qu'il ne sorte, voici mes commentaires , et puissent-ils atteindre votre cerveau avant Noël.

PREMIER: Le débat que vous avez suscité comme ministre nous a laissé les paramètres suivants concernant la laïcité:

 a) Vous proposiez une laïcité intégrale par l'interdiction des signes religieux ostentatoires dans toutes les institutions publiques. L'opposition a été virulente de la part des libéraux, des fédéralistes ou des chartistes des droits de la personne au nom de la protection de la liberté de religion. Au point où, dans votre camp, un laïc comme Guy Rocher a proposé que cette laïcité intégrale soit progressive et ne s'applique qu'aux nouveaux personnels des institutions. Pire, votre propre collègue Jean-François Lisée a fini par avouer, après les élections, que tel quel, il aurait voté contre votre projet.

b) Les caquistes proposaient la même laïcité intégrale, mais se bornaient à en restreindre l'application aux personnes en autorité, en particulier, aux enseignants, juges ou policier.

Si, ce qu'il y a dans votre tête s'inspire plus ou moins de cette vision caquiste tel que vous le laissez entendre, et bien votre vision initiale de la laïcité basée sur des interdictions n'aura pas changé et la souplesse dont vous parlez ne sera qu'apparente et hypocrite, et votre projet de charte clairement discriminatoire.

DEUXIÈME: Pour sortir de ce modèle de laïcité basé sur l'interdiction, je vous ai fait des propositions en Commission parlementaire le 23 janvier dernier. Vous aviez conclu que ma proposition de «sauf-conduit» était intéressante. Était-ce seulement de la politesse de votre part? Quoi qu'il en soit , permettez que je résume ici l'essentiel de ma position au bénéfice du public.

a) Les députés, si possible à l'unanimité, devraient statuer que le crucifix de l'Assemblée nationale, en tant qu'objet du patrimoine religieux sera conservé à cet endroit. Cependant, sa connotation politique depuis son installation en 1936 par Duplessis sera remplacée ou occultée par une connotation patriotique. Dorénavant, il représenterait officiellement trois valeurs québécoises, également patrimoniales: la Liberté, la Fidélité et le Partage. Et par voie de conséquence, il en serait de même pour tous les symboles religieux qui se trouvent encore dans les institutions publiques et déclarées officiellement laïques.

b) Quant aux employés des institutions laïques voulant porter un signe religieux ostentatoire, ils auraient à choisir l'une ou l'autre des options suivantes dans l'année qui suivrait l'adoption de la Charte de la laïcité: 1) abandonner pour le travail leur signe religieux. 2) demander un «sauf-conduit» pour continuer à le porter en acceptant qu'il ne soit que patrimonial, tout comme le crucifix de l'Assemblée nationale . 3) demander une dissidence officielle valable pour trois ans et renouvelable.

Voilà monsieur Drainville, ainsi,  selon mes propositions, la laïcité ne serait plus une affaire d'interdiction (Parizeau avait raison , jamais au Québec on n'a légiféré sur le linge), mais plutôt une affaire de persuasion, patiente s'il le faut, mais surtout, d'augmentation de nos libertés de choix. La neutralité de l'État, aujourd'hui au Québec, ne devrait-t-elle pas être d'abord une affaire de dialogue plutôt qu'une affaire de contrainte ou de pouvoir? Pensez-y! J'attends de voir ce qui va sortir de votre tête.

Denis Forcier

Shefford

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