Laïciser le crucifix? Quelle étrange drôlerie!

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La Voix de l'Est

Lors de la première lettre de M. Forcier parue le 20 août, je suis resté estomaqué devant pareille suggestion: «Pourquoi pas le crucifix de tous les Québécois?». J'avais considéré cette idée comme la plaisanterie du siècle et je m'étais dépêché d'oublier rapidement cette bizarrerie. Mais, avec cette nouvelle lettre intitulée: «Laïciser le crucifix», il y a récidive. . .

Nous savons tous que, depuis deux mille ans, le crucifix est le signe distinctif majeur de la religion chrétienne. Aujourd'hui encore, deux milliards de personnes sur la terre sont de croyance chrétienne et reconnaissent le crucifix comme l'emblème suprême de leur foi. Comment le parlement du Québec va-t-il s'y prendre pour ajouter à ce symbole éminemment religieux une «symbolique universelle» qui le rende acceptable dans un État laïc et du même coup, faire oublier le caractère religieux du crucifix? Pensez-vous sérieusement qu'avec une décision de l'Assemblée nationale, le crucifix, symbole chrétien incontestable, va perdre sa connotation religieuse? Ce serait un véritable tour de magie.

Mais, ce serait surtout un triste subterfuge pour contourner le peuple québécois dans sa volonté de maintenir la séparation de l'Église et de l'État et de donner à la laïcité de l'État un véritable statut. Parce que, voyez-vous, le crucifix demeurera toujours un symbole religieux chrétien. Penser autrement relève tout simplement de la fumisterie.

Avez-vous oublié que le pluralisme grandissant et la sécularisation grandissante font partie des caractéristiques modernes du peuple québécois et qu'on ne peut se permettre de détruire cette modernité par une redéfinition insignifiante de la symbolique rattachée à la croix?

Voilà un insidieux et même très insidieux retour vers un passé confessionnel chrétien. Et contrairement aux accommodements raisonnables dont vous semblez n'y rien comprendre, la laïcisation du crucifix ferait exactement partie de ce que vous appelez le «ressac de la confessionnalité».

Pour ajouter à la fantaisie, vous laissez croire que la laïcisation du crucifix ouvrirait la porte à la laïcisation d'autres signes religieux. Mais dans quel monde vivez-vous M. Denis Forcier? Un coup de baguette et hop... un symbole religieux devient un symbole laïc! Qu'en pensent les Premières Nations et les chrétiens du Québec et les autres croyants et les non-croyants? L'idée de laïciser les autres symboles religieux, idée farfelue et ridicule, signifierait que tous ces symboles strictement religieux pourraient à nouveau être accrochés dans les hôtels de ville, les hôpitaux, les tribunaux, les écoles et ainsi . . . au diable la laïcité et hourra pour la multiconfessionnalité.

Vous avez parfaitement raison de qualifier de non-sens la décision unanime des députés du Parti libéral, du Parti québécois et de l'Action démocratique de maintenir le crucifix au Parlement à titre de symbole des valeurs historiques et patrimoniales du Québec.

Ce geste des députés n'a été que le reflet de leur lâcheté, de leur à-plat-ventrisme et surtout de leur électoralisme. Ce jour-là, ils ont perpétué leur mépris de l'absolue neutralité visible de l'État et manifesté leur totale incompréhension de la séparation de l'Église et de l'État.

Ce jour-là, le Québec a fait un grand pas en arrière. La seule façon pour les députés de corriger le tir, ce n'est pas d'aggraver ou d'amplifier l'erreur du 22 mai 2008 en laïcisant le crucifix, mais tout simplement de voter son retrait du Parlement. Celui-ci n'est ni une église, ni un musée.

André Beauregard

Shefford

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