Produits biologiques: au-delà des mythes

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Les consommateurs se ruent vers les produits alimentaires biologiques. En effet, les ventes de produits biologiques certifiés à travers la planète ont augmenté de plus de 50 milliards de dollars depuis les deux dernières années, malgré le fait que ces produits soient parfois trois fois plus chers que les produits traditionnels.

Bien que la production biologique contribue grandement à offrir aux consommateurs des produits liés à une image pittoresque de l'agriculture, plusieurs d'entre eux ont du mal à saisir les risques factuels liés à la consommation biologique d'aujourd'hui.

D'abord, selon certains sondages, plus de 95% des consommateurs croient que les producteurs biologiques se tiennent loin des pesticides et fongicides. Or, même si la plupart des fermes biologiques n'utilisent pas de produits synthétiques, certaines normes permettent à de grandes productions d'utiliser des produits chimiques approuvés par des régulateurs nationaux.

Ce qui prévaut dans le monde biologique, c'est l'origine même des produits utilisés. Les pesticides et fongicides utilisés dérivent essentiellement de produits naturels, mais certaines études suggèrent que ces produits peuvent être parfois aussi toxiques que certains produits chimiques.

Alors, en utilisant l'argumentaire des pesticides, il faut donc faire preuve de prudence, que les produits soient biologiques ou non.

En ce qui concerne la salubrité alimentaire, puisque les pratiques de production biologique augmentent la propagation d'agents pathogènes, une bonne partie des rappels et alertes alimentaires au Canada s'appliquent à des produits biologiques.

Manifestement, le rappel majeur de graines germées qui avait secoué l'Allemagne, tuant ainsi 31 personnes, émanait d'une ferme biologique. Le rappel qui avait tué trois personnes aux États-Unis, dont un jeune garçon de deux ans, provenait aussi d'une ferme maraîchère californienne biologique.

Plusieurs consommateurs croient que les produits biologiques sont plus salubres que d'autres produits. Or, plusieurs études démontrent, avec faits probants à l'appui, que c'est tout à fait le contraire.

Plusieurs affirment de même que les produits biologiques sont plus nutritifs que d'autres produits traditionnels. Néanmoins, une étude indépendante publiée récemment réfute l'argumentaire. L'étude recense plus de 160 études scientifiques qui comparent les produits biologiques aux produits courants, du jus d'orange, au maïs biologique, jusqu'à l'analyse de certaines viandes biologiques.

Contrairement à ce que plusieurs pensent, l'étude conclut que la thèse des vertus nutritionnelles des produits biologiques reste à faire.

Malgré ces mythes, pourquoi alors miser sur l'agriculture biologique? Malgré toutes les fantaisies qui ont le potentiel de corrompre l'industrie à plus long terme, la production biologique s'inscrit indéniablement dans une stratégie de croissance économique pour notre agriculture. Les marges bénéficiaires dans le secteur sont énormes, et certains géants de l'alimentation le reconnaissent.

La production biologique répond essentiellement à une demande grandissante pour la recherche de quelque chose d'autre, quelque chose de différent. Il existe plus de 4000 fermes biologiques certifiées au Canada, et presque le quart de celles-ci se situent au Québec.

Mieux encore, le Québec est un chef de file en transformation alimentaire biologique, là où la création de valeur réside véritablement. C'est une industrie qui prend de l'importance, une tendance qui a ses mérites. Surtout, cette filière grandissante est financièrement plus accessible pour les urbains et citoyens qui s'intéressent à l'agriculture. Démarrer une ferme biologique requiert en moyenne peu de capitaux comparativement à d'autres productions qui adoptent souvent un modèle plus industrialisé.

La production biologique rejoint les valeurs agraires de citadins qui tentent de mieux comprendre le fonctionnement de nos systèmes agroalimentaires.

L'enjeu le plus important pour l'industrie biologique est de sauvegarder la relation de confiance qu'elle a en ce moment auprès de ses adeptes, et de trouver de nouvelles façons pour augmenter leur part de marché de façon durable.

La polarisation du débat qui émane des produits biologiques n'aide pas la cause de l'industrie. Une rationalisation du débat utilisant des faits scientifiques servira grandement la cause de l'industrie, ce qui permettra par conséquent aux consommateurs de mieux connaître ce qu'ils achètent.

Sylvain Charlebois

vice-doyen à la recherche et aux études

Université de Guelph (Ontario)

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