Le véritable ennemi

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La Voix de l'Est

La tuerie de Newtown nous interpelle tous. Elle vient nous chercher dans le plus profond de notre être. Ces petits bambins auraient pu être ceux de nos proches, de nos collègues, de nos voisins ou tout simplement les nôtres. Ce drame nous touche tous, nul ne peut être indifférent à cette tragédie. Nous sommes tous des pères, des mères, des frères, des soeurs, et l'idée de perdre des proches dans des conditions barbares est intolérable. L'image d'un innocent enfant abattu par un fou enragé ne peut laisser personne insensible.

Cette immense douleur, ce démesuré chagrin viennent bouleverser nos certitudes et ébranler nos convictions: qui est notre véritable ennemi? Qui tue nos enfants? Qui devons-nous combattre? La réponse n'est peut-être pas ce que nos politiciens nous radotent à longueur de journée. L'ennemi n'est peut-être pas celui qu'on croit.

Chaque jour, aux nouvelles, on nous montre les guerres en Orient dans lesquelles Américains, Canadiens et Québécois sont empêtrés. On nous raconte que c'est pour la bonne cause, puisque l'ennemi est là-bas, et qu'il faut le combattre sur ses terres, sinon le fléau s'exportera sur notre territoire. Ces guerres nous ont couté des vies, de l'argent, du temps et des larmes. À quoi bon? Nos enfants meurent à Newtown, pas à Kaboul.

Est-ce un taliban qui a tué nos enfants à Newton? Est-ce un moudjahid d'Al Qaeda qui a assassiné ces gosses? Est-ce un soldat du Hamas ou du Hezbollah? Non, c'est un pur produit de la société nord-américaine qui a commis l'impensable.

Il est possible que nous ayons des ennemis qui veulent la destruction de notre modèle de société, mais pour l'instant ce ne sont pas eux qui nous causent du tort. C'est un des nôtres qui est passé à l'acte. C'est malheureux, mais le tueur de Newtown aurait aussi pu être notre enfant. Adam Lanza, malgré tout ce qui va être dit sur lui, était comme beaucoup de garçons que nous croisons dans les corridors de nos écoles secondaires, les maisons de jeunes, les cégeps ou les centres commerciaux. Il aimait sûrement les jeux vidéo, l'internet, le fast food et les films de violence. Il allait probablement magasiner à crédit chez Wal-Mart, achetait des choses dont il n'avait pas besoin sur internet, et passait des soirées à surfer et à chatter comme tout le monde. Est-ce là le portrait d'un tueur? Non, sinon nous le serions tous. Donc où est le problème?

La réponse n'est sûrement pas simple, mais certainement pas impossible à trouver. La réponse se trouve en chacun de nous, dans chaque geste que nous posons, dans chaque parole que nous prononçons. Le problème est un problème de société et c'est à nous d'être responsables pour changer les choses: Adam Lanza est innocent, c'est nous les coupables.

Comment est-ce possible que nous souffrions d'obésité quand l'Afrique souffre de famine? Comment pouvons-nous accepter un modèle économique basé sur la spéculation boursière, la cupidité et l'arnaque? Comment se fait-il que nos enfants puissent accéder en deux clics à de la pornographie sur internet? Pourquoi la corruption dans la construction a atteint des proportions endémiques avant qu'une commission se penche sur le fléau? Pourquoi nous acceptons que des gens en bonne santé profitent de l'aide sociale tout en travaillant au noir? Pourquoi sommes-nous un des pays les plus taxés au monde, mais que nous ne pouvons pas voir un médecin à l'hôpital? Pourquoi la route entre Montréal et Ottawa est amochée du côté du Québec et lisse comme de la soie du côté de l'Ontario? Comment se fait-il que Pauline Marois ait failli être assassinée, mais que nous ne parlions que du lock-out dans la Ligue nationale?

La cause de tout cela est la même que la tuerie de Newtown: c'est parce que nous sommes devenus une société individualiste. C'est parce que nous nous soucions de notre bien-être et non de celui de notre société. C'est parce que nous mettons toujours le mauvais nom lorsque nous sommes interpellés à l'urne. C'est parce que nous choisissons le politicien qui sait parler, pas celui qui a un projet de société. C'est parce que nous ne connaissons pas le nom de notre voisin, mais connaissons ses allées et venues. C'est parce qu'on gobe tout ce que les médias nous disent sans chercher à savoir si c'est vrai ou faux. C'est parce que nous savons ce qui se passe à Montréal ou Québec, mais n'avons aucune idée de ce qui se passe à Toronto ou Tokyo. C'est parce que notre lecture se résume au journal des faits divers et aux circulaires. C'est parce que notre consommation est du gaspillage démesuré. C'est parce que nous avons fait un trou dans la couche d'ozone, fondu les glaciers et fait monter l'eau de la mer. C'est parce que nous aimons dire Moi, et avons oublié le Nous.

Il n'est sûrement pas trop tard, et le tableau dépeint peut inventorié de l'optimisme aussi. La solution est simple. Il faut que chacun de nous fasse un examen de conscience. Il faut que chacun de nous se remette en question en se posant quelques questions existentielles. Que puis-je faire pour rendre notre société meilleure? De quelle façon pourrais-je rendre service à notre communauté? Qui devrais-je choisir comme chef pour guider notre municipalité, comté, province ou pays sur le chemin des valeurs, du respect, de l'égalité et de l'honnêteté?

Il est temps pour nous tous de se réveiller. À cause de notre inaction, insouciance, laxisme et égoïsme, vingt bambins de Newtown ne se réveilleront plus.

François Gagnon Tremblay

Granby

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