Un concours pour une déclaration d'identité commune

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La Voix de l'Est

Le 5 décembre la ministre responsable de la langue française, Diane de Courcy déposait son projet de loi visant à réformer la loi 101. Les modifications proposées furent jugées timides par les médias, minorité oblige. Dans le même sens, Pierre Curzi (Le Devoir du 8 décembre), ex-député péquiste-indépendant, le qualifie d'inefficace car ,selon lui, il ne contient que des mesures homéopathiques. Par contre , à l'opposé, Sylvia Martin Laforge (Le Devoir ,10 décembre), directrice du Community Groups Network le voit plutôt comme une menace à l'endroit des communautés anglophones, et selon elle, il constitue une attaque injustifiée. Bref, même si ce projet ne propose que quelques rapiéçages de bon aloi, c'est à la fois trop et pas assez selon le point de vue. Ajouté à cela le fait que le PLQ le voit comme un source de chicanes et la CAQ comme un repoussoir d'investissements, ne serait-il pas mieux dans un tel contexte que le gouvernement le mette sur pause,le temps de créer une perspective plus favorable et plus stimulante?

D'ailleurs, le temps est peut-être venu au Québec de chercher à établir un vrai consensus social dans le but de construire une paix linguistique solide et durable. Mais comment pourrait-on y arriver? Pierre Curzi, déçu du présent projet de loi, suggère «d'ouvrir un gigantesque chantier de persuasion mutuelle dont seraient exclus tous les extrémistes et tous les lâches. Seules, dit-il, doivent primer la cohésion sociale et l'écologie de la diversité».C'est une noble ambition! .

Mais pour arriver à ce dialogue interculturel qui prendrait appui sur la diversité , ne faudrait-il pas d'abord créer un échangeur qui permettrait une communication transculturelle. Un tel échangeur irait de soi, bien sûr, si comme société nous avions une fondation identitaire commune. Normalement, cette fondation prend la forme d'une constitution. Nous n'en avons pas, mais à défaut, serait-il possible, au moins, de nous entendre sur une déclaration d'identité commune? Celle-ci nous donnerait les contours de cette fondation commune, une sorte de tracé qui ouvrirait une perspective nouvelle sur nous-mêmes et sur l'avenir.

À défaut de cet échangeur naturel que serait une constitution québécoise, le gouvernement du Parti québécois ne devrait-il pas initier tout de même ce dialogue interculturel le plus tôt possible en offrant un échafaudage temporaire, mais qui permettrait une communication transculturelle ad hoc? Il pourrait le faire en lançant un concours national dans le but que les Québécois de toutes origines participent et proposent des formules de déclaration d'identité québécoise . Au minimum, la formule proposée, peut-être de 300 mots au maximum , devrait aborder les notions suivantes: la langue française, les valeurs québécoises et la destinée commune.

Un jury multiculturel serait, bien sûr, nécessaire pour juger les déclarations d'identité proposées et désigner des gagnants (M. Curzi et Mme Laforge pourraient être invités à en faire partie). À la fin, ce jury pourrait déterminer à l'unanimité ,parmi les meilleurs, trois lauréats qui auraient l'honneur de présenter leur déclaration d'identité devant l'Assemblée nationale. Par la suite, les députés pourraient en débattre pour identifier la déclaration d'identité la plus rassembleuse. Celle-ci, avec le nom de son auteur, pourrait avoir l'honneur de figurer éventuellement dans le préambule d'une nouvelle loi 101, lui conférant ainsi une portée quasi constitutionnelle. En arriver là, à l'installation de cet échangeur culturel permanent, serait, pour le gouvernement, une belle et noble façon de relancer le débat sur son projet de modification de la loi 101.

Au surplus, ce concours permettrait de socialiser et de populariser une réflexion fondamentale sur qui nous sommes comme peuple et permettrait également à ce jury multiculturel, au terme de cet exercice de jugement de quelques mois sans doute, d'émettre,aussi à l'unanimité, des recommandations pour améliorer ce projet de nouvelle loi 101 (Il devrait d'ailleurs être invité à le faire). Au total, cette entreprise serait un parfum de fierté drôlement bienvenu pour dissiper un peu l'odeur de corruption ambiante. C'est peut-être utopique comme suggestion, mais le Québec a besoin d'un tonique moral... et puis c'est le temps des Fêtes, le temps de tous les souhaits... alors pourquoi pas celui-ci?

Denis Forcier

Shefford

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