Une charte nationale pour notre langue

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La première ministre du Québec, Pauline Marois

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La Voix de l'Est

Dans son discours inaugural du 1er novembre dernier, intitulé «Un Québec pour tous», Pauline Marois annonçait pour le volet identité son intention d'aller «le plus loin possible dans la promotion de notre langue en déposant une nouvelle charte de la langue française». Pour l'instant, selon les intentions du gouvernement, cette nouvelle charte viserait à renforcer la protection de la langue française, en obligeant les entreprises de moins de 50 employés à obtenir un certificat de francisation, en interdisant l'accès au cégep anglophone à la clientèle francophone et allophone et, finalement, en adoptant de possibles mesures pour assurer le caractère français des CPE et, aussi, en abolissant les écoles-passerelles.

Ce projet du gouvernement de Pauline Marois laisse songeur parce que le résultat risque d'être décevant étant donné, bien sûr, la minorité du gouvernement, mais surtout parce que l'approche adoptée apparaît défensive, «ghettoïsante»,donc peu susceptible de faire consensus ,même parmi les francophones. En effet, lors de l'adoption de la loi 101 en 1977, c'est à la défense du français que la société québécoise devait s'employer et, avec raison. Mais trente-cinq ans plus tard, cette langue n'est plus en péril malgré la vigilance constante qu'elle nécessite pour contrer les ramollissements de toutes natures, et assurer son épanouissement. La meilleure vigilance étant ,bien sûr, l'éveil constant de tous les Québécois, peu importe l'origine, à la responsabilité collective quant à la protection de notre langue, j'aurais donc souhaité pour cette nouvelle charte une approche plus rassembleuse, plus positive et surtout, beaucoup plus affirmative .

En effet, pourquoi un jeune francophone ne pourrait-il pas s'affirmer en fréquentant un cégep anglophone, et même, y briller en anglais sans risquer de perdre son identité? Le danger, selon moi, n'est pas attribuable au cégep anglophone, mais bien plutôt à notre manque de fierté collective face à la langue française. Pour stimuler cette fierté, pourquoi une nouvelle loi 101 ne pourrait-elle pas favoriser la fréquentation des cégeps francophones par les jeunes anglophones, et leur offrir l'occasion d'y briller à leur tour en français et, surtout, de reconnaître cet apport? Pourquoi, par exemple, ne pas créer un prix pour souligner l'excellence du français de plusieurs de nos anglophones? Et surtout, pourquoi ne pas créer un prix Camille Laurin décerné, par exemple à dix écoles francophones et à deux écoles anglophones, à chaque année, qui se seraient distinguées par leurs efforts de valorisation de la langue française? Pourquoi ne pas trouver le moyen d'encourager et de souligner la qualité du français dans les médias, en particulier dans les émissions d'information? Ceci pour entendre de moins en moins ces curieux propos: «Pauline Marois a pousse le plus loin qu'a peut... Bernard Drainville doit arriver accouché d'une solution ... Dans certains libraires, il y a des livres...» Et, quant aux CPE, j'aimerais souligner que ma petite- fille de 5 ans, grâce à sa garderie multiethnique à Montréal, parle et comprend l'anglais; ce bain linguistique est précieux pour son avenir et gratuit. L'autre jour, elle me dit au téléphone dans un excellent français pour son âge, et cela, grâce à des parents responsables, fiers et soucieux de notre langue: «là, grand-papa, je dois te quitter pour continuer un bricolage que j'ai commencé pour toi...»

Bien sûr, obliger les entreprises de moins de 50 employés à se franciser,du moins progressivement, est dans l'ordre de l'affirmation. Et aussi, d'éliminer les écoles-passerelles et,si possible, par un autre moyen que l'utilisation humiliante de la clause nonobstant de la constitution canadienne, laquelle nous est toujours imposée, et cela depuis 30 ans. Et finalement, faire respecter la loi 101 concernant l'affichage est, bien sûr, dans l'ordre de l'affirmation urgente, question de respect et de fierté. Ici à Granby, non loin de chez moi, nous trouvons au 265, rue Principale, un commerce qui s'affiche ainsi: «The UPS store» et, bien sûr, sans descriptif en français. Pourtant, la langue française au Québec devrait être l'affaire de tous, individus, entreprises, gouvernement. UPS est une grande marque mondiale, réputée pour sa rapidité et sa fiabilité. Aussi, il serait intéressant et magnifiquement responsable que cette entreprise prenne les devants et s'affiche en français. Ce serait joli et en même temps respectueux de la loi, de voir sur la même rue , «La Boutique UPS» et «Le Petit Cordonnier».

Mais le plus déconcertant, selon moi, dans le manque de fierté et de respect à l'égard du français, notre langue, est, curieusement le fait de nos politiciens, et non les moindres, qui, récemment, ont donné, en rafale, le pire exemple à nos jeunes. En effet, le 9 novembre, c'était Gilles Vaillancourt, le 5 novembre, Gérald Tremblay, le 5 septembre, le premier ministre lui-même, Jean Charest qui présenta, lui aussi, sa démission d'abord en français puis en anglais à la communauté anglophone, et en privé par surcroît, le réseau français de Radio-Canada RDI ayant coupé l'antenne pour cette dernière portion de son discours. En fait, ces politiciens, pour présenter leur démission, se sont officiellement adressés aux Québécois dans les deux langues officielles du Canada et non dans la seule langue officielle du Québec, soit le français . À l'évidence, pour eux, la langue française n'est pas la langue officielle de tous les Québécois, elle est toujours celle d'une ethnie majoritaire. Après 30 ans de loi 101, c'est une honte!

Oui, pour corriger tous les types de mollesse et notre manque de fierté collective, une nouvelle Charte de la langue française est plus que nécessaire. Cependant, avant toute autre disposition touchant la protection et la promotion de la langue française, cette charte ne devrait-elle pas en préambule, définir la nation québécoise comme une nation inclusive de toutes les communautés qui conviennent de faire nation autour du seul pivot identitaire qui puisse rassembler et distinguer le Québec en Amérique du Nord, soit la langue française? Et, par la même occasion, pourquoi ne pas identifier le socle de valeurs premières qui, selon moi, lient ensemble nos communautés autant que nos individus dans une commune destinée soient: la Liberté, la Fidélité, et le Partage? Auxquelles valeurs de survivance, toujours actuelles, et surtout universelles de notre peuple, s'ajoutent naturellement les valeurs fondamentales, plus récentes dans notre histoire, contenues dans notre Charte des Droits et Libertés de la Personne, en particulier, l'égalité homme-femme, la laïcité, qui pourrait être distincte,et la neutralité de l'État. Grâce à un tel préambule, nous conférerions à cette charte une valeur quasi constitutionnelle. Et le défi de la fierté serait pour notre peuple de faire respecter cette charte tant au Québec qu'au Canada. Et c'est ensemble que nous le pourrions d'abord avec un vote unanime de l'Assemblée nationale.

Donc la «voie de passage ...pour aller le plus loin possible» dans ce domaine comme le souhaite madame Marois, ne passerait-elle pas par un nécessaire dialogue ,entre nous (francophones, anglophones, allophones et autochtones),à propos de notre identité collective (la minorité du gouvernement le favoriserait)? Celui-ci ne devrait-il pas débuter maintenant, profitant du fait que rarement dans l'histoire, Montréal, la plus grande ville française en Amérique, n'a été dirigée par un maire anglophone, Michael Applebaum qui démontre,par son implication en français, qu'au Québec, il y a peut-être une force politique, disons «franglophone», plus prête qu'on le pense à soutenir le français comme colonne vertébrale de l'identité et de la nation québécoise?

Denis Forcier

Shefford

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