Pipeline et pétrole des sables bitumineux

Partager

La Voix de l'Est

Le bulletin de nouvelles de Radio-Canada, le 14 novembre, a fait état des projets des compagnies pétrolières de transporter le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta dans l'est du Canada à travers les pipelines existants. On a insisté sur la création d'emplois, l'autosuffisance énergétique du Canada, le coût de revient moindre comparé au pétrole qui arrive par l'Atlantique. Toutes choses valables. Malheureusement, on a émis bien des demi-vérités.

1 - On a insisté sur le transport du pétrole jusqu'à Montréal. Or le projet consiste surtout à dépasser Montréal pour transporter le pétrole jusqu'à Portland dans le Maine, sans avantages pour le Québec. En effet, la quantité de pétrole que l'on veut transporter est bien supérieure aux besoins du Québec, encore plus supérieure à ce que la raffinerie de Montréal-Est (même rénovée) est capable de raffiner. La Compagnie pétrolière a déjà présenté un projet d'inversion du flot de Montréal à Portland, il y a 4 ans: projet jamais retiré. À Portland, les installations portuaires se préparent déjà à recevoir le pétrole des sables bitumineux afin de l'exporter vers la côte est américaine, le Texas ou outre-mer.

2- L'émission n'a pas parlé de sécurité ni de protection environnementale. Or le projet de transport du pétrole de l'Alberta est très risqué. Les tuyaux existants entre Westover et Montréal sont vieux de 39 ans, mais ceux de Montréal à Mansonville (Québec) ont 62 ans. À titre d'exemple, la compagnie St-Laurent qui construit un pipeline de Lévis à Montréal a affirmé en Commission parlementaire que la durée de vie d'un pipeline moderne est de 60 ans. De plus, il y a déjà eu des fuites sur les tuyaux en question, notamment entre Sutton et Glen Sutton, fuite qui a amené la compagnie à changer environ 10 km de tuyau. Il faut savoir que le pétrole des sables bitumineux est plus corrosif et explosif que le pétrole brut conventionnel. Ce pétrole agit comme du papier sablé sur l'intérieur des tuyaux. Pour pouvoir le transporter, on y ajoute 30 % de diluant, diluant précisément plus explosif et abrasif. Et advenant une fuite, même s'il n'y a ni explosion ni feu, ce diluant s'évapore et il reste un pétrole visqueux presque impossible à ramasser, comme on le voit après le désastre survenu dans la rivière Kalamazoo, au sud du lac Michigan, en juillet 2010. Enfin, le changement de direction du flot dans les tuyaux augmente les risques, notamment à cause de la turbulence occasionnée dans les tuyaux, surtout dans les coudes du pipeline.

3- Le pétrole des sables bitumineux revient moins cher que le pétrole importé. Mais comme on l'a évoqué dans l'émission, il est loin d'être certain que le profit ira aux usagers plutôt qu'aux compagnies elles-mêmes. Et lorsque l'exportation de pétrole de l'Alberta «sera désengorgée», le prix s'ajustera au prix mondial. Mais surtout, ce coût actuel est moindre parce que la compagnie en Alberta ne se soucie pratiquement pas des effets sur l'environnement et la santé des personnes vivant dans la région d'exploitation.

4- Enfin, on a ridiculisé le gouvernement du Québec qui veut faire faire une étude d'impact indépendante sur les risques pour les Québecois. Or il relève de la responsabilité du gouvernement de se préoccuper de la protection de l'environnement sur son territoire. Le comité pour l'environnement de Dunham a déjà fait parvenir une pétition de 3500 signatures à cet effet. La plupart des 15 municipalités situées entre Montréal et Mansonville ont passé des résolutions demandant la même chose au gouvernement. Le problème de juridiction n'est pas une raison de ne rien faire, d'autant plus qu'il existe un accord entre les deux gouvernements à l'effet de mener de telles études en commun.

Jean Binette et Guy Durand

Comité pour l'environnement de Dunham

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer