Petite réflexion philosophique sur la crise

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La Voix de l'Est

Notre civilisation actuelle traverse une crise sociétale multidimensionnelle (sociale, écologique et économique) qui provient en grande partie des dérives du paradigme moderne, qui privilégie la relation d'un sujet à un objet, la rationalité instrumentale et la conception du progrès comme domination de l'être humain sur la «nature» conçue strictement comme un réservoir de matières premières. Une telle approche a orienté la création de technologies qui se sont avérées parfois problématiques pour le maintien des conditions d'existence pour l'ensemble des êtres vivants. Dans cette perspective, j'estime que ce n'est pas tant une certaine technologie (nous devons demeurer constamment critiques quant au cadre dans lequel cette dernière est élaborée) que le rapport marchand à cette dernière qui constitue l'élément central de nos difficultés.

Depuis le début de la modernité, le marché se définit comme une institution reprenant l'idée d'un individu plutôt que d'un sujet, détaché de toutes les contraintes possibles. Implicitement, le marché se fonde sur la conception moderne de l'homo oeconomicus. Autrement dit, il s'agit d'un individu, affranchi de toutes les formes de contraintes, qui exerce, selon cette conception réductrice de la liberté, une action sur un objet passif dont la valeur est définie par son utilité immédiate. L'absence de réciprocité justifie l'exploitation et l'oppression de ce qui est considéré comme inférieur: les femmes, les personnes d'un autre genre, les autres cultures et la «nature». Ce paradigme a colonisé tellement la conscience collective occidentale que toute autre considération est évacuée au profit littéralement d'un économisme totalitaire. Nous en discernons les effets dévastateurs tant pour l'humanité que l'ensemble de la biosphère.

La notion prédominante contemporaine de liberté individuelle coextensive à cette théorie économique impose également sa logique délétère à la toile relationnelle humaine. Il est à rappeler qu'à la différence des sociétés antiques qui privilégiaient le groupe par nécessité plutôt que les personnes afin d'assurer la survie, notre civilisation a aussi élaboré, en opposition à l'idée de l'homo oeconomicus, la notion de sujet relationnel pleinement digne. Il convient de reconnaître et de saluer cet acquis. Face à la présente crise, notre survie ne repose-t-elle pas sur la décision des citoyens et citoyennes postmodernes d'intégrer librement cette dimension de sujet solidaire exigeant par le fait même une certaine contrainte, ne serait-ce que socioécologique, afin de garantir notre survie et notre épanouissement tant comme sujet que comme communauté?

Pour renverser la trajectoire mortifère actuelle, ne convient-il pas d'introduire une forme de transcendance immanente pleinement sécularisée, comme le propose le philosophe athée Luc Ferry? Ce type de transcendance se fonde sur la prémisse que notre identité de sujet relationnel résulte, consciemment ou non, des réseaux des diverses communautés humaines, dans toute leur pluralité, enracinées au coeur d'un environnement social et écologique en constante transformation. Ne s'agit-il pas alors de renouer avec un humanisme qui deviendrait un des éléments d'une transcendance sécularisée ouverte au pluralisme, à l'égalité et à la dignité tant des communautés qu'aux personnes?

Patrice Perreault

Granby

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