Pour en sortir, pourquoi ne pas former une nation re-constituée?

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La Voix de l'Est

Dès le départ de la commission Charbonneau, Lino Zambito, le corrupteur, nous a expliqué le système de collusion et de corruption affectant les contrats de travaux publics à Montréal. Comment le coût de ceux-ci pouvait être majoré de 30 à 35% pour payer un «pizzo» à la mafia, au parti politique Union Montréal et à l'ingénieur corrompu «monsieur TPS» qui se chargeait d'ajuster les contrats à la hausse, et de les faire accepter par ses supérieurs et finalement par le comité exécutif qui lui n'a rien vu de louche dans ce manège pendant près de 20 ans. Vingt ans pendant lesquels le public, surtout Montréalais, a été non seulement volé, mais floué au niveau de la qualité douteuse des ouvrages, le tout cautionné par des politiciens aveugles ou qui ne voulaient rien voir, le plus bel exemple étant avec de plus en plus de certitude, le maire Tremblay lui-même.

Cette commission n'a pas fini d'illustrer toute la turpitude morale dans laquelle a baigné une certaine élite d'affaires, en particulier des entrepreneurs et des professionnels, bien chevillés aux partis politiques au pouvoir, du moins jusqu'au 4 septembre. Comme l'a dit candidement monsieur Zambito devant la commission, tout cela n'était que du business alors qu'il s'agit en fait d'escroqueries sur une vaste échelle. Bien sûr, le gouvernement du Parti québécois doit rapidement boucher les trous béants par lesquels s'infiltre cette corruption, qu'il s'agisse de mieux définir les règles régissant l'octroi des contrats ou encore celles qui encadrent le financement des partis politiques provinciaux et municipaux. Mais ce ne sera pas suffisant pour rétablir la confiance de la population envers ses institutions et la classe politique en particulier, mais aussi, plus généralement, envers la capacité d'honnêteté des Québécois.

Car rehausser le niveau d'éthique d'une société, et c'est de cela qu'il s'agit, suppose que cette société travaille ensemble non seulement pour réparer les dégâts et punir les coupables, mais aussi pour se reconstruire une identité collective faite de droiture, d'honnêteté et de responsabilité, et cela, dans toutes les strates sociales, sachant qu'un tel niveau de corruption suppose des complicités multiples, mais non moins importantes, même si elles sont moins spectaculaires. Mais reconstruire une identité pour tous les Québécois n'est pas une mince affaire. Pour y arriver, nous devons nous unir au-delà de nos divisions et de nos divergences, et cela ne peut se faire qu'en abandonnant un certain nombre de nos certitudes pour oser s'aventurer ensemble, oui dans l'inconnu, mais aussi dans de nouveaux possibles.

J'ose espérer que Pauline Marois, en tant que première ministre et femme, et selon son expression, responsable de la maisonnée, saura interpeller tout le Québec pour qu'ensemble, nous fassions un nouveau pas à la recherche de nous-mêmes en espérant y trouver mieux que ce que nous sommes présentement. De toute façon, nous n'avons pas le choix, c'est une question de dignité et de confiance en l'avenir, il faut, en effet, que les Québécois collectivement se redonnent un idéal de société qui mettrait à contribution le meilleur de chacun et chacune permettant ainsi la restauration et la réinstallation de nos bases morales, autant individuelles que collectives.

Cet idéal, et c'est là toute la difficulté, mais aussi le défi, doit être neuf pour mobiliser les Québécois. Recycler un idéal défraichi ne suffira pas à capter l'imagination, même s'il s'agit de celui du pays qui après 40 ans ne recueille toujours que 30 à 40% d'adhésion selon les sondages. En aval de celui-ci, il n'y a certes rien qui puisse constituer un idéal collectif, n'en déplaise aux libéraux et aux caquistes; en fait, il n'a que le Canada qui nous oblige à être locataire dans sa maison constitutionnelle avec en prix de consolation, l'argent de la péréquation. Cependant, en amont du projet de pays, il y a de l'espace. Il faudrait pour cela que Pauline Marois et son parti acceptent de reculer un peu pour procéder à ce qu'il conviendrait d'appeler une «re-constitution» nationale dans le même sens que reconstituer une famille. Donc en cherchant une entente de vie entre des parties diverses, ici je parle des cultures, francophone, anglophone, allophone et autochtone. Cette entente de vie permettrait à moyen terme de reconstituer un capital identitaire puissant, prenant appui sur des valeurs solides et nommées à partir desquelles il serait possible de reconstituer notre capital éthique, la source unique à laquelle s'abreuver pour retrouver la confiance entre nous et la puissance d'agir comme vraie société distinctement honnête. En terminant, je peux dire que si nous arrivions à nous donner cette reconstitution et le goût de défendre son originalité et sa valeur juridique au Canada, nous aurions la fierté d'avoir franchi le mur de l'indifférence et du mépris et d'être dans les faits une nation libérée sinon souveraine .

Denis Forcier

Shefford

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