1- Le français. La langue est évidemment un élément central. Il faut améliorer l'enseignement de la langue française dans les écoles et auprès des immigrants. Il faut insister sur la langue d'affichage et la langue de travail pour donner un visage français au Québec. Il faut renforcer la loi 101 et surtout les pouvoirs de l'Office québécois de la langue.
2- L'héritage chrétien. Je ne parle pas de foi ou de croyances, mais de culture chrétienne: les arts (sculpture, peinture, littérature), la toponymie (noms de villes, rues, lacs, cours d'eau), les rythmes du temps (saisons, fêtes), etc. Quand on parle de culture japonaise ou chinoise, par exemple, on inclut même d'autres formes de coutumes, comme les arts, la cuisine, les rites de politesse, les traditions religieuses. L'identité du Québec est enracinée dans la culture chrétienne, comme tout l'Occident d'ailleurs. Le fait est indéniable, en dépit des critiques que l'on peut faire aux Églises et même si l'on s'est détaché de la foi ou de la pratique religieuse. L'ouverture au monde n'amoindrit nullement le besoin d'une identité nationale spécifique.
3- La laïcité. La laïcité n'est pas un concept idéal (idéologique!) qu'il s'agirait simplement de mettre en pratique. Elle n'est pas un concept abstrait, absolu, qui joue comme un mantra. Elle est de l'ordre de l'ajustement contextuel.
De fait, il y a de multiples modèles de laïcité selon les pays. En France, par exemple, les édifices religieux construits avant 1905 appartiennent à l'État qui se charge de leur entretien extérieur. De toute façon, on maintient des signes religieux chrétiens sur d'anciennes églises ou couvents qui ont changé de vocation (exemple, le Panthéon). Les jours fériés (six ou sept) sont fixés à partir des fêtes catholiques.
L'Italie maintient la présence du crucifix dans les écoles publiques. À la suite d'une contestation de parents, en avril 2002, le gouvernement et les tribunaux ont jugé que, au-delà de son sens religieux, il s'agissait d'un symbole historico-culturel, pourvu à ce titre d'une «valeur identitaire» pour le peuple italien en ce qu'il «représente d'une certaine manière le parcours historique et culturel caractéristique de [l'Italie] et en général de l'Europe tout entière.
Toute reconnaissance officielle de la laïcité du Québec (charte, loi ou clause interprétative) devrait tenir compte explicitement de ce trait culturel. Même chose pour les «accommodements raisonnables».
4- Les droits de la personne et particulièrement l'égalité homme-femme. Inscrits dans des lois ou des chartes, ces droits deviennent des droits légaux et juridiques. Il en découle un aspect positif parce que éducatif et coercitif; mais aussi un aspect négatif parce que 1) limités aux droits reconnus par les instances politiques, y compris la clause qui favorise le multiculturalisme dans la Charte canadienne et 2) soumis à l'interprétation des juges, dont l'interprétation est la plupart du temps centrée sur les droits individuels.
Il faut redonner à l'expression Droits de la personne son sens premier et fondamental d'être une instance éthique critique. L'expression désigne les droits liés à la nature et la dignité de la personne humaine. Elle comprend des droits individuels, lesquels comportent tous des «limites raisonnables», mais aussi des droits collectifs et nationaux (notamment la protection de la culture et l'identité).
Parmi ces droits, il y a l'égalité homme/femme. Ce qui ouvre la voie à d'amples débats concernant l'accès au travail, et le sort de certaines coutumes culturelles ou religieuses défavorisant les femmes. Le Québec a tellement oeuvré à la valorisation de la femme - même si l'évolution n'est pas terminée -, qu'il faut être exigeant, voire intransigeant à ce propos.
Guy Durand
Dunham
Professeur émérite de l'Université de Montréal
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