L'adolescence politique

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La Voix de l'Est

Nous avons tous vécu l'adolescence et ses turpitudes. La nôtre et celle de nos enfants.

Nous avons cherché notre place et pour la plupart l'avons trouvée. Il en sera toujours ainsi à travers les âges. La situation paradoxale que nous vivons à cette époque de la vie ressemble étrangement à notre attitude face à la politique. Comme l'adolescent a toujours besoin de ses parents, nous avons besoin du soutien matériel, financier et social de l'état.

Toutefois, les choix que nous faisons sont souvent irréfléchis, émotifs.

La présente campagne confirme une fois de plus que les politiciens aussi font appel à nos réflexes d'ados. Promettre rend souvent l'adolescent plus réceptif.

Qui faut-il donc blâmer devant ce déluge de promesses qui encombrent les médias? Les politiciens pour leurs largesses démesurées ou l'électeur crédule qui s'imagine encore que l'État-Providence est inépuisable? Les deux, je crois.

Le politicien devrait pouvoir nous exposer sa vision de ce que sera sa gestion au cours du mandat que nous lui confierions. Malheureusement, si l'un ou l'autre devait s'y hasarder, il ne passerait jamais la sanction de l'isoloir. La vision, c'est très peu vendeur en période électorale. Il est préférable de proposer un lot de promesses lesquelles mourront le lendemain du scrutin.

Faut-il encore penser que le Père Noël fera un bon gestionnaire? Jean Cournoyer a eu un jour cette délicieuse réflexion qui en dit long. «Si vous dites ce que vous voulez faire vous ne serez pas élu, il faut promettre, mais faire ce que l'on veut une fois élu», disait-il. Tristement vrai.

Lorsque, dans les sondages et autres sondes de l'opinion populaire, le politicien décèle une illusion que nourrit l'électorat, habilement il convertira ce rêve en promesse. Une fois au pouvoir, il nous racontera que l'état des finances assassine souvent nos rêves. Bien entendu, ce sera la faute du prédécesseur et le peuple sera content.

L'électeur a le devoir d'exiger que le Québec soit remis sur les rails pour permettre aux générations montantes de se réaliser. Mais voilà exiger le ménage et un bilan financier équilibré ne peut que faire mal pour les années à venir. Une décennie sera nécessaire pour assainir les finances publiques avec son lot de sacrifices et de mécontentement.

Les Québécois n'étant pas masochistes ne s'imposeront pas ce remède de cheval. Un jour, toutefois, il faudra bien l'avaler.

Nous continuerons de croire que nous pouvons avoir le beurre et l'argent du beurre. Un rêve impossible.

Malheureusement, j'ai le douloureux pressentiment que l'électorat n'est pas prêt à analyser des idées et des concepts. On préfère encore les promesses. Promettre, un cadeau multimillionnaire ou une loi 101 revampée relève de la même hypocrisie. Chacun sait que le hochet ne servira qu'à attiser la flamme. Le débat d'idée n'est pas requis.

Si nous espérons survivre comme société, nous devrons retrouver un peu de pragmatisme et revoir le parc de nos vaches sacrées. Sachons que toute promesse a un coût. Ce sont les payeurs de taxes qui devront en assumer le poids.

Je sais que je me répète, certains diront que je radote. Il n'en reste pas moins que nous n'avons plus les moyens de nos folies. La réalité nous rejoint. La dette, les déficits actuariels des caisses de retraite, la décrépitude de nos infrastructures. Pourquoi s'en faire, un cadeau est toujours si agréable. Le rêve rose est toujours plus sympathique que la réalité. Les politiciens ont compris ce phénomène depuis belle lurette. Ils continueront à promettre tant et aussi longtemps que le peuple ne passera pas à l'âge adulte.

Gilles Guay

Bromont

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