Jardiner en ville : une voie d'avenir

La Voix de l'Est

La ville de Drummondville remet en question le jardinage en façade de rue d'un de ses citoyens. D'autres villes sont plus ouvertes aux jardins communautaires. Le jardinage urbain commercial sur toitures d'entreprises fait son apparition. Est-ce là un phénomène qui va durer? Il semble bien que oui. Les représentants du programme des Nations Unies pour l'environnement au Sommet de Rio de juin dernier ont annoncé qu'en 2030, il y aura 8 milliards d'humains sur Terre et que les surfaces cultivées actuelles ne suffiront plus à nourrir la population. Il faudra réinventer l'agriculture en ville sans hausser la demande d'énergie.

Mais quels gains avons-nous à en tirer? D'abord, les aliments frais coûtent cher en raison du transport qu'il faut pour les amener à l'épicerie près de chez vous et sur votre table. L'essence dépensée pour ce transport produit des gaz à effet de serre et donc du réchauffement climatique. Au contraire, les légumes cultivés dans votre cour ne coûtent rien en transport, et même plus: le feuillage fixe le gaz carbonique et convertit ce gaz à effet de serre en aliments comestibles, fruits ou légumes d'une fraîcheur inégalée.

En plus de vous faire plaisir à suivre l'évolution de votre jardin, de le cultiver en mode d'agriculture biologique, vous acquerrez des compétences en culture urbaine. De plus, vous aurez sans doute des produits frais en trop à échanger avec vos voisins, amis ou une personne âgée de votre famille moins apte à jardiner. Le mois d'août deviendra prétexte pour organiser une fête champêtre. En bref, votre vie sociale s'améliorera! Votre forme physique aussi, par cet exercice modéré auquel vous vous livrez quasi quotidiennement à désherber, bêcher, récolter. À ce savoir-faire du jardinage s'ajoute le développement d'autres compétences, telles celle de cuisiner sa production horticole et celle de la mettre en partie en conserve. Les personnes moins nanties maîtriseront ainsi mieux leur sécurité alimentaire.

Il y eut un temps au début de la colonie où les colons arrivant au pays n'avaient pas de supermarché à proximité. Ils ont pourtant survécu grâce à leur savoir-faire horticole, chacun dans sa cour à peine défrichée. Le Ferme Héritage Miner tente aujourd'hui de nous rappeler notre passé rural, d'il y a deux ou trois générations. Mais l'avenir aussi nous ramènera aux petites parcelles de culture; cette fois, elles prendront des formes très variées et seront urbaines.

Il importe donc que les municipalités révisent leurs normes d'urbanisme pour favoriser cette agriculture urbaine locale. Le projet de loi 47 sur l'aménagement durable du territoire et urbanisme devrait en préciser le cadre. Des normes de gestion des sols, d'usage de l'eau, de couvert arborescent, de contrôle des maladies et insectes, ainsi que la disposition des rebuts compostables sont à établir. Un conseiller vert compétent en horticulture urbaine devrait être embauché par la Ville. Des loisirs d'été éduquant les jeunes à jardiner seraient indiqués, en complément au rôle contagieux des passionnés de la Société d'horticulture locale.

L'avenir agricole de la planète ne sera pas que des champs à perte de vue, en grandes cultures intensives, sur des terres détenues par des agro-industriels ambitieux. Vous nourrir peut aussi se faire à petite échelle et à portée de main, chez vous! Collectivement, des gains écologiques et sociohumanitaires insoupçonnés s'offrent ainsi à nous.

Luce S. Bérard

Granby

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