Dans Le Devoir du 5 juin dernier, Pierre Curzi en appelait à la nation québécoise afin qu'une coalition puisse se constituer à partir des partis souverainistes et progressistes (PQ, Québec Solidaire, Option nationale) dans le but de renverser le PLQ de Jean Charest lors du prochain scrutin. Mais pour des raisons partisanes, vu l'imminence d'un scrutin, le PQ et QS ont rapidement signifié leur non-intérêt. D'ailleurs, cela n'a pas dû surprendre outre mesure monsieur Curzi, car lui-même semblait douter de la force réelle de cette coalition souverainiste et de sa capacité d'aller chercher un électorat abstentionniste, ainsi qu'il l'affirmait dans son texte: «Depuis 1994, l'appui populaire à l'ADQ a toujours été significativement plus élevé qu'à QS. L'allié pour battre les libéraux aurait dû être l'ADQ, car la position nationaliste, autonomiste et identitaire de l'ADQ n'était pas antinomique avec les aspirations d'indépendance nationale du PQ.» De cette façon, n'avouait-il pas que son appel aurait été plus pertinent s'il avait été fait avant que l'ADQ ne soit récupérée par François Legault?
Bien sûr, le P.Q., à titre de grand parti, a raté cette occasion de rapprochement avec l'ADQ, pris qu'il était dans la longue chicane interne concernant le leadersphip de Mme Marois. Mais heureusement, celle-ci est sortie de cette contestation plus forte, plus déterminée et, surtout, mieux connue des Québécois comme étant une femme d'expérience, de courage et de convictions. Face à Jean Charest, elle pourrait donc faire une différence au plan de l'intégrité et de l'autorité morale.
Cependant, pour procurer à son parti une victoire décisive et historique, ce dont le Québec a bien besoin, elle doit s'entourer d'une équipe de candidats de grande qualité, qui, avec elle, proposeront aux Québécois lors du prochain rendez-vous électoral, en plus d'un gouvernement intègre, responsable et économiquement efficace, un projet national clair et concret à mettre en application dès le premier mandat. Ce projet est nécessaire et même urgent pour mettre fin à la vision provincialiste étroite du Québec de Jean Charest et maintenant adoptée par François Legault.
Mais pour arriver à ce projet clair et concret, Pauline Marois et son équipe de candidats devront revoir, avant le déclenchement de la campagne, donc très rapidement, certains éléments du programme de son parti relatifs au besoin d'affirmation du Québec, qui, dans l'état actuel, sont invendables, sauf à quelques souverainistes.
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À titre d'exemple, Pauline Marois et son équipe (les Lisée, Duchesne, etc.) ne devraient-elles pas susciter un ralliement national autour de sept oui pour faire avancer le Québec ? 1) Oui à une constitution québécoise, donc... 2) Oui à une déclaration d'identité 3) Oui à la souveraineté linguistique et culturelle 4) Oui à une négociation visant un accord politique avec le Canada (sans ouvrir la Constitution), en vue de la reconnaissance de notre constitution et de toutes ses dispositions, avec l'aide, si nécessaire, des Nations unies et de pays amis 5) Oui à une reconnaissance mutuelle de la constitution québécoise et canadienne, à la suite d'un accord de compatibilité d'une durée de quinze ans 6) Oui à un référendum à l'échéance de cet accord visant à choisir soit le renouvellement de l'accord, soit la pleine souveraineté 7) Oui, aussi, à un référendum sur la souveraineté-indépendance, au moment jugé approprié, en cas d'échec de cette négociation avec le Canada
À défaut d'un tel plan d'action ou de quelque chose d'analogue, il sera difficile pour Mme Marois, l'opposition étant très divisée, de se démarquer de façon majeure de Jean Charest d'autant plus qu'il se trouvera encore des souverainistes, même à la toute veille des élections, qui douteront de son leadersphip, de sa capacité messianique de montrer la voie au peuple et qui malheureusement feront défection alors qu'il faut plutôt serrer les coudes, pour contrebalancer le bloc d'électeurs anglophones et allophones dont jouit Jean Charest, peu importe la nature de son leadership et de ses qualités de chef du Parti libéral.
Denis Forcier
Shefford