Charest doit régler ce conflit avant le 24 juin

La Voix de l'Est

La fin de semaine du Grand prix de Montréal a été marquée par son succès, mais un succès assuré par une présence policière massive et parfois abusive. On a vu en boucle sur RDI cette scène hallucinante d'un petit groupe de manifestants se dirigeant vers, apparemment, un site protégé et voyant venir en face d'eux des voitures de police roulant à bonne allure, ils se sont mis à courir et c'est alors qu'un des véhicules a bifurqué en diagonale pour leur barrer la route. Une jeune fille, continuant sa course, a réussi à contourner le véhicule et un peu plus loin, se pensant hors d'atteinte, elle se met à marcher normalement, mais se tournant légèrement, elle voit se diriger vers elle (et le Québec, aussi) à grande course, un policier, elle tente alors de se sauver, mais il la rattrape, lui saute sur le dos comme une bête sauvage, l'étampe de tout son poids sur le coffre d'une voiture tout près, deux autres policiers le rejoignent, écrasent ses épaules contre le coffre, lui virent les bras derrière le dos, mais dans la maladresse stimulée par la brutalité, les trois sur elle, finissent par l'entrainer par terre de tout leur poids réuni, la maintiennent rudement tout en lui passant les menottes. Les quatre sont alors entourés par cinq ou six autres policiers qui encerclèrent et protégèrent cette scène d'une violence inouïe. Sauf erreur, ce premier policier était débarqué du véhicule ayant fait la manoeuvre de bifurcation initiale, et si c'est le cas, ce qu'on a vu à la télévision plusieurs fois la fin de semaine dernière ressemble à s'y méprendre à un cas de rage au volant. D'autant qu'à première vue, cette jeune fille n'avait pas de sac à dos suspect, ni de pancarte, peut-être un carré rouge, mais rien qui pouvait justifier une telle violence.

Et aujourd'hui (jeudi), encore une fois, le premier ministre qui fait interdire par le maire Labaume le groupe «Mise en demeure» (prévu au programme des fêtes de la St-Jean) pour une chanson à caractère violent à l'endroit de la ministre Courchesne, a déchiré sa chemise pour condamner avec raison la violence de la rue, les vitres cassées, l'intimidation etc., mais il a passé sous silence, encore une fois, la violence policière. Jamais, il ne condamne le genre de violence décrit ci-haut, une violence inacceptable à l'endroit d'une personne. Cette jeune fille n'était pas une porte de ministre qu'on défonce, mais la fille d'un père et d'une mère qu'on a enfoncée dans un coffre de voiture. Pourquoi? Sans doute a-t-il ses raisons, mais la population n'est pas dupe, elle fait la part des choses. Mais ce qu'elle souhaite surtout, c'est pas de savoir quelle violence est pire qu'une autre, c'est que ce conflit prenne fin et que cesse toutes les violences. Parce que pour paraphraser Félix Leclerc, elle sent au plus profond d'elle, pour la première fois, entre la chair et l'os, monter la colère. Et c'est peut-être ce qui explique la défaite des libéraux dans Argenteuil et le famélique 25 % de participation au vote de lundi dans Lafontaine.

Or, à ce moment-ci, seul Jean Charest peut mettre fin à ce conflit et il devrait le faire avant le 24 juin. Comme la session est finie, il serait indécent pour lui de partir en congé sans tenter une ultime négociation avec les leaders étudiants qui attendent cela de tous leurs voeux. Il pourrait offrir aux étudiants de régler pour 200 $ d'augmentation par session comme la ministre Couchesne s'apprêtait à le faire avant qu'elle ne mette fin à la négociation de peur qu'une telle offre ne soit interprétée comme une capitulation de la part du gouvernement. Il pourrait même faire mieux s'il considérait la possibilité d'imputer une partie de la facture à tous les finissants universitaires depuis 1994 sous forme d'une taxe universitaire spéciale, rétroactive et applicable pendant un certain temps à leurs déclarations de revenus. Après tout, il semble,selon lui, que les gouvernements précédents, en particulier Pauline Marois, qui les a gelés en 1998 , n'aient pas eu le courage d'augmenter les frais universitaires, c'est donc dire que pendant 18 ans les étudiants ont joui, en quelque sorte, d'un rabais par erreur sur leurs droits. Non seulement cette récupération apparaitrait courageuse, mais la génération qui commence à l'automne à l'université, outre qu'elle aurait l'impression d'être traitée avec justice, accepterait sûrement de bon coeur non seulement une légère augmentation, mais une indexation des frais, à titre de contribution permanente au financement des universités qui en ont bien besoin.

Denis Forcier

Shefford

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