Le Grand dégel

La Voix de l'Est

Quelques rappels d'abord: les étudiants québécois ont et auront les frais de scolarité les moins élevés en Amérique du Nord. Ils ne paieront que 17% du coût réel de leur scolarité, 83% du coût étant payé par les payeurs d'impôt, soit 50% des Québécois. De plus, associer frais de scolarité et accessibilité est tout simplement FAUX. Les provinces qui ont les frais de scolarité les plus élevés ont aussi le plus d'étudiants au niveau postsecondaire. L'Université de Montréal a une augmentation de 6% de ses inscriptions pour septembre 2012, avec la hausse des frais. Le facteur décisif sur la scolarisation c'est l'attitude des parents et leur scolarité à eux. Toutes les études le montrent. Autre élément: Oui, l'université est gratuite en Finlande, mais les étudiants font une année de service militaire obligatoire NON RÉMUNÉRÉE après leur formation. Cette proposition obtiendrait-elle un «oui» au Québec? Oui, l'université en France coûte à l'étudiant environ 300 euros par an...mais tous ceux qui le peuvent vont vers les Grandes Écoles (aux frais plus élevés) car leurs diplômes ont plus de valeur.

Supposons qu'on utilise 100$ d'électricité par mois au coût réel, mais que notre facture ne soit que de 10$, le reste étant payé par des impôts. Supposons maintenant que tout à coup on veuille nous facturer 17$ au lieu de 10$, une hausse de 75%! Si on nous consultait, serions-nous d'accord? Est-il possible que des étudiants soient tous d'accord pour se donner une hausse de frais? Les étudiants ont-ils même à être d'accord?

Depuis de nombreuses années, le pattern québécois est le suivant: A) GEL (frais de scolarité, garderies, etc.). Chaque année du gel, le coût payé diminue pour l'usager et augmente pour les payeurs de taxes à cause de l'inflation. Inévitablement, après 5 ou 13 ans doit venir B) le petit DÉGEL, un choix inévitable et normal, la réalité des coûts étant trop différente de la fausse facture aux étudiants. Cela amène C) MANIFESTATION contre le dégel. La réalité de l'augmentation annuelle des coûts, les étudiants ne la sentaient pas alors que leur facture était gelée, pendant que le gouvernement voyait la facture augmenter. La manifestation est suivie le plus souvent par la dernière étape du pattern, D) la DÉMISSION du gouvernement sur la hausse, qui est la récompense que la société donne aux étudiants pour avoir manifesté contre la réalité, qui pourtant existe. Cela est suivi donc du retour à la case départ A) le REGEL. Pattern de psychodrame cyclique. Dans le domaine de la réalité liée aux frais de scolarité (en fait aux frais en général; le psychodrame du dégel des frais de garderie viendra), c'est comme cela que le Québec se distingue.

Face à cela, je propose le GRAND DÉGEL, ne plus geler les frais. Le contraire serait remettre à l'agenda du Québec un psychodrame dans 5 ans. Retarder à l'an prochain toute hausse (une hausse partielle serait O.K.), serait mettre au programme l'acte II pour 2013, de ce qui se passe aujourd'hui dans les rues. Un acte II plus fort, car l'acte I aurait été récompensé par l'annulation de la hausse. Casser pour se faire entendre et faire payer «les autres», c'est-à-dire le 50% des «salauds» qui gagnent suffisamment d'argent pour payer de l'impôt, ce n'est pas tout à fait une proposition pour un projet de société.

Les étudiants à aider sont ceux des familles qui tombent jusqu'à maintenant dans la «craque»: la classe moyenne inférieure. Et la gestion des universités est à revoir. Les pistes de solutions sont déjà proposées, incluant une moins forte hausse la cette année, allonger l'augmentation sur une période de plus de 5 ans, bonifier régime de prêts bourses, remboursement proportionnel de la dette étudiante. Mais il y a un «must»: le GRAND DÉGEL; mettre fin aux psychodrames cycliques du dégel, en prenant bien soin que la CASSE ne soit pas récompensée de sa «contribution à la société» par un report de la hausse des frais.

Pierre Paul Gingras

Granby

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