L'accès à l'université doit être un droit, pas un privilège

La Voix de l'Est

Qui est ministre responsable du Secrétariat à la Jeunesse au gouvernement du Québec? Devinez... Ce n'est nul autre que Jean Charest. Celui-là même qui n'a pas voulu les recevoir et écouter les revendications des jeunes universitaires et cégépiens. Celui-là même qui, pendant le matraquage qui se déroulait à l'extérieur du Palais des Congrès, «trouve le moyen de trouver ça drôle» et de provoquer «les rires gras des gens d'affaires» (Patrick Lagacé, La Presse, 20 avril). Il nous faudrait un Jean Charest aussi attentif aux jeunes que l'est, auprès des aînés, sa ministre Marguerite Blais.

Par leur manque d'écoute et leur intransigeance, Jean Charest et Line Beauchamp ont conduit les étudiants à s'impatienter et à intensifier leurs moyens de pression et - il fallait s'y attendre - il y eut des débordements, et du côté des étudiants, et du côté de policiers, sans compter l'infiltration des «casseurs». «On a de la difficulté à comprendre cette situation où le gouvernement pile sur la jeunesse et la traite comme si c'était des citoyens de seconde classe», de dire Martine Desjardins, présidente de la FEUQ (La Voix de l'Est, 6 mars). Ce ne sont pas des enfants qui étaient dans la rue, mais de jeunes adultes universitaires. La grande marche de 200 000 personnes (étudiants, parents, professeurs et citoyens) du 22 mars aurait au moins mérité que le gouvernement ouvre les yeux et les oreilles. Craignait-on de faire face à trois représentants des associations étudiantes, des jeunes intelligents et remarquablement articulés?

Pourtant, Jean Charest disait, en 2009, que «l'État a fait de la jeunesse une priorité. Cette vision, disait-il, implique que l'intérêt et le mieux de la jeunesse, notre relève, transcendent toute l'action gouvernementale... Je m'efforcerai... de réunir les conditions favorables au plein épanouissement des jeunes Québécoises et Québécois.» Il ajoutait que «le Québec avait besoin des jeunes pour briller parmi les meilleurs». Que de beaux mots!

Oui, jusqu'à ce jour, le Québec brillait parmi les meilleurs en ce qui a trait à l'accès à l'université pour toutes et tous. Pourquoi vouloir imiter des provinces et pays qui, en pratique, limitent l'accès à l'université aux bien nantis? Qu'on soit dans la liste de ceux qui favorisent le plus les études... c'est merveilleux.

Il me semble impératif que l'État permette aux jeunes de chez nous de poursuivre leurs études supérieures. Je pense particulièrement aux fils et filles de parents peu fortunés et à ceux qui demeurent loin des universités et qui doivent s'installer en ville. Augmenter indistinctement les frais de scolarité, c'est réduire leur accès à l'université. C'est aussi obliger beaucoup d'étudiants à travailler et étudier en même temps, conduisant souvent à l'échec. Le travail d'un étudiant devrait être d'étudier, de suivre ses cours, de rédiger ses travaux, d'effectuer des recherches, de se perfectionner le plus possible. Le travail universitaire, c'est «un temps plein».

Le système de prêts paraît inapproprié, car il oblige les diplômés des classes pauvres et moyennes à commencer leur vie active avec des dettes. La distribution de bourses est préférable, mais celles-ci doivent être assez élevées pour permettre à un jeune de joindre les deux bouts et de consacrer tout son temps à ses études.

Mais où trouver l'argent pour financer les universités? Sûrement pas dans la poche de gens peu fortunés. Je ne répèterai pas les multiples réponses à cette question. Je dirai seulement qu'il faudrait tout d'abord effectuer un grand ménage dans l'administration des universités, réajuster à la baisse les salaires parfois faramineux des recteurs et de leurs adjoints, abolir les coûteuses indemnités de départ et gérer les budgets de façon rigoureuse.

La jeunesse, c'est «notre relève», disait Jean Charest. Favoriser le plus possible les études des jeunes, c'est donc assurer un meilleur avenir à la nation.

Émile Roberge,

ex-professeur au cégep de Granby Haute-Yamaska

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