Rassembleur, un projet de société étude-travail-famille?

La Voix de l'Est

Au début de la grève étudiante, le point de mésentente entre le gouvernement et les étudiants était celui de la hausse des frais de scolarité. Après cinq semaines de revendications, suite à l'appui des parents, des professeurs et des syndicats, cet enjeu s'est transformé en un débat sur le financement adéquat de l'éducation. À la dixième semaine de revendication étudiante, avec la montée de la violence et le dialogue qui tarde à s'établir entre les parties, cet enjeu en est devenu un encore plus large, un projet d'exercice de la démocratie en société québécoise. Mais de quel projet s'agit-il?

Dès la sixième semaine, je voyais déjà les étudiants s'automutiler, compromettre leur session d'hiver et perdre des heures de revenus en travail d'été. Pourquoi se prendre soi-même en otage? Il y a là, une maladresse. Les contestataires du gaz de schiste manifestent depuis 2010, mais de façon ponctuelle et soutenue dans le temps. Pourquoi pas une stratégie étudiante de contestation moins pénalisante?

Pour ouvrir au dialogue et progresser dans la résolution de problème, il faut que les parties voient leurs défauts et acceptent de se remettre en question. Certains blâment la fausse démocratie étudiante qui vote à main levée. Un jeune étudiant en sociologie défendait ce processus en disant qu'à l'Assemblée nationale et à la Chambre des communes, le vote est public. Mais, c'est là le vote des élus qui, eux, ont un devoir de transparence envers le peuple. Les étudiants, eux, ont un devoir éthique envers leur propre conscience, et non envers la masse des jeunes ou le public. Le vote secret dans l'isoloir a tout son sens en démocratie. Le jeune n'est pas un député! Améliorer sa compréhension et sa pratique de la démocratie s'impose pour chaque partie! (...)

La vraie remise en question de notre société, qui saura être rassembleuse des discours pour un dialogue véritable entre les parties en cause dans ce conflit sur l'éducation, n'a pas à venir que du politique. Les jeunes doivent réaliser qu'ils ont endossé eux-mêmes les valeurs des baby-boomers, celle de faire moins d'enfants pour donner plus de chances à chacun. Mais, moins d'enfants que le taux de natalité de 2,1 requis pour renouveler la société, c'est en mettre davantage sur le dos de ceux qui sont au travail. Les jeunes d'aujourd'hui auront eu beau avoir négocié un meilleur accès à l'éducation, une fois au travail, la tâche sera lourde et démesurément demandante, après le départ à la retraite des baby-boomers. Rares seront les familles avec un troisième enfant, si l'endettement étudiant retarde les projets de famille et le travail épuise.

Aussi, ma position dans ce débat, est celle de voir les jeunes moins endettés par leurs études, mais de leur faire réaliser que d'ici peu, ils auront en mains les rênes de la destinée du Québec. Et les jeunes ne seront pas tant riches de par leurs économies faites en s'éduquant, que par la richesse des enfants qui naîtront d'eux pour l'avenir, afin de renouveler la société. Voilà le secret de la Révolution tranquille des années 1960 à réinventer en 2012. Ce projet d'étude-travail-famille saura-t-il être la vision rassembleuse de société qui est requise pour commencer à se parler maintenant et à s'entendre en éducation?

Luce S. Bérard

Granby

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