Avec le conflit qui oppose les étudiants au gouvernement, avec l'envergure que ça prend, avec les commentaires qui fusent d'une part comme de l'autre, avec ce semblant de démocratie, vers quelle société nous dirigeons-nous? Honnêtement, j'ai peur.
Tout d'abord, les premiers à avoir entamé ce mouvement de «grève» l'ont fait le 13 février 2012. Aujourd'hui, en date du 13 avril, ça fait tout juste 2 mois. C'est sans doute l'un des plus longs combats étudiants de l'histoire du Québec, et puis dans ce sens, l'un des plus coûteux. Ce qui est tout de même étrange, c'est que contrairement aux autres «grèves» étudiantes, le gouvernement n'a même pas daigné s'asseoir avec les représentants étudiants. C'est un dialogue de sourds, et ça malheureusement, dans les deux sens. Je n'ai pas de félicitations à faire à l'un ou à l'autre des partis. Rêver de la gratuité scolaire, c'est beau, mais ça s'arrête là. Mais s'endetter pour étudier, je n'y vois pas non plus la logique. Oui étudier c'est un investissement, car un diplôme universitaire rapporte plus d'argent qu'un diplôme collégial, ou qu'un diplôme secondaire, cependant le diplôme est aussi rentable au gouvernement qu'à l'individu qui l'obtient. Alors, la question demeure, à qui doit aller la facture? Aux deux camps évidemment, mais je ne saurai dire à quelle proportion.
J'en viens maintenant à parler des beaux commentaires que j'ai eu la chance de lire et d'entendre. Ça, ça me décourage beaucoup plus que de savoir que les frais de scolarité vont augmenter. Et puis, puisque le débat est vieux de deux mois, on dirait que ça s'intensifie d'un bord comme de l'autre. «Blasphème, de grévistes sale!» Un classique qui s'entend de plus en plus. À la base, si c'est une insulte, n'est-ce pas la une forme d'intimidation verbale? Mais c'est connu, il y a seulement les gens pour la grève qui font de l'intimidation... Il y a toujours 2 côtés à une médaille...mais souvent on fait exprès de n'en montrer celle qui nous avantage le plus. Ça c'était pour les insultes, menaces, etc. Dans ce débat, il y a un énorme problème de généralisation. La preuve la plus concrète serait en la personne de Stéphane Gendron, le très célèbre maire d'Huntington. Lors d'un blocage du pont Jacques-Cartier, M. Gendron s'est exprimé de la sorte:
«Les tabarnaks d'étudiants. Les criss, ça va finir dans le sang un moment donné. Ils ne cessent de provoquer... Câlisse on veut aller travailler bande d'esties de puants sales. La bastonnade, c'est pour quand?»
Malheureusement, il n'a pas été le seul à penser de la sorte. Cependant, ils ont été combien à bloquer le pont? Cent, deux cents? Et sur 220 000 étudiants qui étaient alors en grève, les personnes qui ont bloqué le pont représentaient tout de même 0.09% du total...alors il est normal de dire qu'ils représentaient l'ensemble des étudiants! C'est encore une fois ridicule. Sinon, il y a aussi eu la sortie cette semaine de notre très honorable ministre de l'éducation. Elle a mentionné que le mouvement étudiant représentait seulement 35% des étudiants, alors de ce fait, il était illégitime. Parfait, je vais avaler ça, seulement si elle dit que le gouvernement libéral n'est pas légitime non plus; le gouvernement libéral a obtenu 42.08% des voies en 2008, donc théoriquement, il ne représente pas la majorité des Québécois, puisque le seuil de la majorité est établi à 50% +1. C'est ça notre belle démocratie.
Justement, parlons en maintenant de notre belle démocratie. C'est beau ça, dès que tu as la «majorité» tu fais ce que tu veux. Prenons juste comme exemple les belles assemblées générales des CÉGEPS. À Granby, le camp contre la «grève» s'est mieux présenté aux assemblées que le camp pour la «grève». Conséquence: les représentants du camp contre ont pu agir à leur guise; ils ont bien entendu gagné le vote par scrutin, et puis après ils se sont assurés de limiter les votes de grève à 1 par session. Est-ce une pratique démocratique? Bien évidemment, limiter les votes c'est tout à fait démocratique étant donné que ce fut voté à 53% contre 47%. C'est ridicule. Mais prenons le cas inverse, à Sherbrooke par exemple. Le camp «pour» à été mieux représenté que leurs adversaires, résultat: Au lieu de revoter sur une reconduction de grève mercredi prochain, le camp a réussi à gagner 2 jours de plus, et de faire voter les gens le vendredi 20 avril. Ce qui leur donne plus de temps pour faire la «Grève». Scandale dirons certains, mais encore une fois, notre belle démocratie à parler.
Le dernier point que je voulais mentionner est sans doute le plus important. Ça va finir où cette histoire là? Les étudiants ont su se mobiliser le 22 mars, manifestation historique dans plusieurs sens, mais cela n'a donné aucun résultat. Je trouve que c'est le plus beau message qu'a pu envoyer le gouvernement: «Ça sert à rien de mobiliser des gens, on est majoritaire, alors on peut faire ce que l'on veut!» C'est beau venant de la part d'un gouvernement DÉMOCRATIQUE. Il y a aussi la solidarité qui tend à disparaitre, ça aussi c'est inquiétant. Les injonctions commencent à fuser de tous les côtés contre les collèges et les universités qui sont en «grève». Il est évident que le rôle des associations étudiantes va être revu, parce qu'au bout du compte, elles ne représentent pas véritablement tous les étudiants. Rendu là, on peut aussi se poser la question de la véritable valeur des syndicats. Et puis après, où va-t-on s'arrêter?
...vivement les années '50.
Simon Laroche
Granby
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