Pathétique de lire les propos d'un père de famille déclarer mort l'État-Providence. Et si l'État-Providence disparaît, par quoi sera-t-il remplacé? Reviendrons-nous à la loi de la jungle? Pathétique de lire les propos d'un enseignant en histoire faire la promotion du concept de l'utilisateur-payeur. Reviendrons-nous à l'époque où les soins hospitaliers et les études supérieures étaient réservés aux riches? Pathétique de lire les propos d'un enseignant en éthique mépriser la contribution de l'État aux programmes sociaux. Est-ce possible qu'en 2012, l'État québécois n'ait pas les moyens de s'occuper dignement des personnes âgées, des familles, des personnes démunies, des étudiants? Qui peut cautionner pareilles aberrations?
Pathétique de lire les propos d'un père de famille qui, du haut de son autosuffisance financière, demande que les droits de scolarité soient payés uniquement par les parents et les étudiants directement touchés par ces hausses draconiennes en oubliant que ces parents et ces étudiants font partie de la classe moyenne. Au lieu d'être plusieurs millions à nous partager les coûts, écrasons ces familles par l'entourloupette de cette injuste part.
Comment M. Marc Gagné pourra-t-il enseigner à ses enfants la solidarité sociale tant au plan national qu'international? Sera-t-il en mesure de leur expliquer que le seul moyen équitable et efficace de concrétiser la solidarité, ce sont les impôts à plusieurs paliers et non les tarifs appliqués uniformément et indépendamment des revenus? Comment cet enseignant en éthique pourra-t-il parler à ses élèves de justice sociale, du droit inaliénable aux soins de santé et à l'instruction, du partage juste et équitable des richesses?
En lisant cette lettre, je pensais au naufrage du Titanic. Sur le même bateau, les passagers avaient des traitements liés à leur fortune. Les riches avaient droit à une multitude de petits soins et les gens de la 2e et 3e classe et les travailleurs aux chaudières côtoyaient les rats. Au moment du naufrage, les riches avaient droit aux embarcations de sauvetage et les autres étaient retenus derrière les barrières. Même dans la mort, les corps rescapés avaient des traitements adaptés à la classe financière à laquelle ces personnes appartenaient. Est-ce cela que nous voulons? Les «indignés» à travers le monde, contrairement aux cyniques qui baissent les bras, ont exprimé leur colère devant ces inégalités scandaleuses et cet écart toujours grandissant entre les classes financières.
Un célèbre charpentier affirmait un jour que les riches auraient beaucoup de difficultés à entrer dans le Royaume, c'est-à-dire dans cette terre nouvelle où tous seraient traités avec justice et équité comme frères et soeurs, quel que soit leur maigre revenu. Il ajoutait: «On ne peut choisir Dieu et l'argent. On prend l'un et on rejette l'autre». La bourse ou la vie. Or, pour lui, Dieu se retrouvait chez les petits, les malades, les démunis. Mais ce sage charpentier était réaliste. Il disait aussi: «Si les gens à qui vous parlez ne vous écoutent pas, secouez vos sandales et changez de village». L'espérance dans l'évolution du monde persiste. Rien n'empêchera la construction d'une plus grande égalité entre les humains grâce à la croissance d'une véritable solidarité.
André Beauregard
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