Une solution régressive

La Voix de l'Est

Le 14 février dernier, M. André Beauregard me disait dans un texte intitulé L'idéologie coûteuse de la stagnation:

«Les intérêts à payer pendant 20 ans sur une hypothèque sont un prix infiniment inférieur à celui du bonheur que procure la vie dans une maison familiale, mais vous, Monsieur O'Breham, vous ne comprenez pas ça. La seule chose importante à vos yeux, c'est la dette comptable, le signe de piastre. Mais parlons-en du signe de piastre. À leur mort, les parents laisseront à leurs enfants une maison payée peut-être à 150 % du coût initial, mais qui pourra peut-être se vendre à 300 % de son prix d'achat. De plus, eux et leurs enfants en auront profité durant 20 ans ou 40 ans. Ça vaut combien, toutes ces années de qualité de vie obtenue grâce à une maison familiale payée à tempérament? Le montant des intérêts est une goutte d'eau dans l'océan de bonheur goûté par cette famille.»

Il rajoutait même:

«Les entrepreneurs qui investissent dans l'expansion de leur entreprise le font souvent en empruntant ou en recevant des subventions publiques. Pourquoi consentent-ils à s'endetter? Ils le font parce qu'ils savent très bien que ces investissements leur permettront d'accroître leur production en quantité et en qualité.»

M. Beauregard tentait ici de me convaincre du bienfait des emprunts gouvernementaux en citant des exemples d'emprunts personnels et en utilisant des expressions comme «océan de bonheur» et «accroissement de production». Mais, jeudi dernier, nous pouvions lire une autre opinion d'André Beauregard rapportant les propos suivants suite à l'offre du gouvernement de hausser les prêts étudiants pour contrer la hausse des frais de scolarité:

«En aval, il [le gouvernement] incite les étudiants à prendre la voie d'une solution régressive, celle du crédit et de l'endettement à long terme, le tout géré par les institutions financières.»

Apparemment, les études supérieures n'offrent pas suffisamment de bonheur ou un accroissement significatif de la production (en quantité ou en qualité) pour que les jeunes, leurs parents ou de futurs employeurs, investissent directement dans leur avenir.

Il est amusant de voir comment l'endettement à long terme est considéré comme une «solution régressive» lorsqu'on demande à chacun d'entre nous d'aller soi-même à la banque et contracter un prêt, mais lorsque le gouvernement le fait en notre nom, on considère l'endettement à long terme comme un «investissement».

Si le ministre des Finances nous avait présenté un budget où il n'y aurait pas eu de hausses des frais de scolarité, mais avec un déficit légèrement plus élevé, croyez-vous que nous aurions eu des étudiants brandissant des pancartes dans les rues pendant deux mois? Pourtant, c'est le même résultat: dans les deux cas, ce sont les mêmes personnes qui devront rembourser des emprunts, l'un directement à la banque, l'autre via le gouvernement.

Lorsque la facture nous est présentée, ça ne coûte pas plus cher, ça ne fait que remettre les choses en perspective et c'est à ce moment que nous nous apercevons qu'il y a des choix à faire.

Denny O'Breham

Granby

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