J'ai perdu espoir

La Voix de l'Est

Ce soir, j'ai perdu espoir. Voilà. Je l'ai dit et j'en ai honte, immensément honte.

L'espoir, quel drôle de concept après tout. Est-il seulement encore d'actualité? L'honnête citoyen contribuable, il ne fait que sa juste part semble-t-il, peut-il conserver un quelconque espoir, si l'on exclut d'emblée la victoire d'un obscur académicien ou un retour d'impôt considérable? Le murmure de Révolution tranquille a-t-il encore la moindre résonnance à nos oreilles modernes écorchées par l'insupportable vacarme des soucis quotidiens?

Quel véritable espoir conservons-nous? Celui d'une société plus juste où tous ont des chances égales d'accéder au bonheur? Certainement pas! Le spectre du communisme, le terme à lui seul fait frémir, ébroue le citoyen encore aveuglé par l'espoir fou d'accéder au rêve américain qui, j'ose le croire, a démontré à tous sa facticité et sa vacuité. Aujourd'hui, les idéaux des penseurs humanistes sont morts, tout comme les idéaux d'une génération, bien enfouis sous le poids du capital, de l'ambition et de l'individualisme. L'environnement, la communauté, l'entraide, l'égalité sont désormais des termes vides parsemés ici et là dans le discours électoraliste et dans les conversations usuelles pour se donner bonne conscience devant les inégalités croissantes qui nous confrontent directement à nos valeurs. Si le seul espoir partagé de tous est celui de s'enrichir, enfin changer de classe sociale, quitter les difficultés du monde ouvrier, de la classe moyenne, pour atteindre l'oisiveté tant enviée des grands capitalistes gavés du sang des affamés, alors l'humanité court à sa perte qui, je l'espère, se produira avant l'anéantissement définitif de toute vie sur terre. Peut-être est-ce le seul espoir qui puisse me rester.

Vincent Landry

étudiant à la maîtrise

en Études françaises

Granby

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