Juste pour tout mettre en contexte, j'ai commencé mon cégep en 1969, et j'ai suivi mon cours technique en électrodynamique au cégep de Sherbrooke. Comme je suis de Granby, j'ai dû payer ma chambre de mes propres moyens, car à l'époque mes parents n'avaient pas les moyens. J'ai donc dû m'endetter même si j'ai travaillé tous les étés. Toutes les fins de semaine, je revenais chez moi. Le vendredi soir, je faisais du pouce et le dimanche soir je me payais le luxe de prendre l'autobus pour retourner à Sherbrooke. À la fin de mon cours, j'étais endetté de2000 $ environ. Je me suis trouvé un emploi à 2 $ de l'heure (très bien payé à l'époque) et j'ai payé mes dettes en un an.
Les cellulaires à l'époque n'existaient pas, et même s'ils avaient existé, je n'en avais pas les moyens. Aujourd'hui, la majorité des étudiants possèdent leur cellulaire intelligent. Même les enfants du primaire en possèdent. J'avais encore moins les moyens de me payer une auto. Les quelques autos stationnées dans la cour du cégep étaient celles d'étudiants dont les parents étaient riches. Aujourd'hui, si on regarde les cours de la majorité des cégep, elles sont pleines à craquer d'autos dont les étudiants possèdent ou empruntent de leurs parents.
Oui, j'ai des REER parce que l'emploi que j'ai présentement me permet d'en avoir n'en déplaise à vous, Monsieur C.A. La discipline et la rigueur m'ont permis de me rendre où je suis présentement. Ces deux éléments n'existent presque plus aujourd'hui. On le voit avec le décrochage dans nos écoles qui augmente de façon fulgurante. À qui la faute et pourquoi on en est arrivé à cette constatation?
Je pense que la faute nous revient à nous tous non seulement aux baby-boomers, mais aussi à vous, Monsieur C.A. Pourquoi? Parce que nous avons tout donné à nos enfants. Qui ne le ferait pas? On veut le meilleur pour eux! Par contre, sans le vouloir nous leur avons enlevé le goût de se dépasser, de se discipliner, d'aller toujours plus loin. Pourquoi se battre quand nos parents ou le bien-être social sont là! Ici, j'aimerais ouvrir une parenthèse, je pense que, heureusement, ce n'est pas tous les jeunes qui sont dans cette situation.
Oui, le Québec a des problèmes, mais qu'on cesse donc de mettre la faute sur les baby-boomers. À notre époque, les CPE et le régime québécois d'assurance parentale n'existaient pas. La mère avait quatre mois lors d'une naissance et le père n'avait rien. Nous avions simplement une allocation familiale de9 $ par mois pour chaque enfant. Aujourd'hui, les parents ont1200 $ par enfant pour la PUGE, environ 1000 $ pour la PFCE et400 $ par trois mois pour le paiement de soutien aux enfants. Ce qui fait un total d'environ 3200 $ par enfant. Le Québec n'a plus les moyens de se payer de tels régimes. Pas plus qu'il n'a les moyens d'entretenir le statu quo des frais de scolarité à l'université. Avec le Plan Nord à nos portes, ce qu'a besoin le Québec ce sont des travailleurs techniques, des électriciens, mécaniciens, plombier, techniciens, ingénieurs électriques et mécaniques des gens qui n'ont pas peur de travailler de leurs mains. C'est ce qu'il nous faut pour faire avancer le Québec. Aujourd'hui, les jeunes boudent les métiers techniques et veulent tous devenir c.a., notaires, avocats, dentistes, etc.
Si le Québec veut se sortir du marasme, qu'on cesse de jeter la faute sur les baby-boomers en prenant nos responsabilités en tant que parents de toutes générations en montrant la voie à suivre à nos enfants afin que la discipline et la rigueur et la motivation deviennent leur priorité.
Un baby-boomer fier de l'être,
Daniel Huot
Granby
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