Pourquoi hausser les droits de scolarité?

La Voix de l'Est

Voilà la première question à se poser et probablement la seule. Première réponse: le financement des universités est inadéquat à la suite des coupures récurrentes de leurs subventions et à une gestion très questionnable. Mais, il y en a une autre. Le gouvernement ne manquerait-il pas d'argent pour avoir baissé, «selon l'idéologie néolibérale», les impôts des grandes entreprises, des grandes fortunes et de l'ensemble des contribuables? N'est-ce pas là le véritable problème?

Le gouvernement du Québec s'est lui-même appauvri par des décisions qui frôlent l'indécence. Il est devenu trop pauvre pour faciliter également à tous les citoyens et citoyennes l'accès à l'éducation supérieure. Le premier ministre Jean Charest aime bien faire jouer sa cassette ultraconservatrice digne du Tea Party: «Le Québec est la province la plus taxée.» Oui, la classe moyenne est très taxée, mais pour continuer à presser le citron, son ministre des Finances, M. Raymond Bachand, s'est tourné en 2011 vers de nouvelles tarifications foncièrement inéquitables: d'abord les 200 $ à la santé exigés de tous les contribuables, quels que soient leurs revenus, et ensuite, la hausse des droits de scolarité exigée pour l'ensemble des étudiants. Il faut rappeler que le Québec, malgré des droits de scolarité moyennement faibles en Amérique du Nord, continue d'afficher un faible taux d'étudiants aux études supérieures.

Au lieu de se tourner vers un système juste et équitable, deux concepts très mal compris par le gouvernement libéral de Jean Charest, avec courage (et quel courage!), celui-ci cible encore les familles de la classe moyenne en imposant des frais fixes en santé et en éducation. Rien de plus injuste, quel que soit le montant exigé. Et devant ces gestes injustifiés, les Québécois et Québécoises devraient rester bien assis devant leur télé et applaudir? Les lettres de parents, de professeurs, d'étudiants, de sociologues, d'économistes, de penseurs vont très majoritairement dans le même sens. Ils rappellent combien il est important de faciliter au maximum l'accès aux études supérieures comme moteur premier de l'économie et surtout du mouvement humaniste de notre société. Comment un chef de gouvernement qui parle tant d'économie ne peut-il pas comprendre que la base de l'économie, c'est l'éducation et que le premier investissement économique d'un gouvernement sérieux, c'est de soutenir l'éducation?

Les frais fixes de tarification, que ce soient les tickets modérateurs en santé ou les droits de scolarité en éducation, sont totalement inadmissibles. Dans les deux cas, ce sont des freins inacceptables aux soins de santé et à l'éducation. Dans les deux cas, ce sont les familles de la classe moyenne qui verront peut-être leurs impôts demeurer fixes, mais qui verront quand même le gouvernement piger cyniquement dans leur porte-monnaie de façon totalement inéquitable.

En fait, nous le savons tous, le nerf de la guerre, c'est l'argent et il faut aller le chercher là où il se trouve, c'est-à-dire chez les gens et les entreprises qui en ont beaucoup. Le problème en santé, en éducation, en environnement, en culture et en justice, c'est la fiscalité du gouvernement. Depuis plusieurs années, le Québec, comme la plupart des gouvernements de droite, s'est orienté vers une fiscalité régressive et improductive.

André Beauregard

Shefford

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