Payer son injuste part

La Voix de l'Est

La semaine dernière, M. Bachand et Mme Beauchamp nous disaient, en faisant allusion à la part des étudiants au financement des universités, qu'il fallait faire sa juste part. Les universités québécoises, qu'elles soient publiques ou privées, sont presque entièrement financées par les fonds publics. Les contributions privées faites par le truchement des fondations universitaires ou de dons privés sont dans une large part financées par les déductions fiscales payées par les contribuables.

Monsieur Charest, ce qui cloche dans votre projet de rehaussement du financement des universités, c'est que vous demandez encore aux mêmes personnes, les contribuables et les étudiants, de payer pour le financement des universités, sans vous assurer que les entreprises publiques ou privées paient aussi leur juste part par une contribution obligatoire. Au terme de votre réforme, la part des étudiants au financement global des universités augmentera de 5%. Est-ce cela payer sa juste part?

De plus, il pèse sur la tête de chaque étudiant entrant à l'université une dette publique estimée à plus de 40 000 $. Dette dont il devra rembourser son injuste part parce qu'elle a été contractée par les générations précédentes pour des services dont il n'a pas bénéficié.

Au cours des dernières années, les universités québécoises ont été très créatives pour fignoler des projets aussi grandioses les uns que les autres, sous prétexte qu'elles devaient faire une mise à jour de leurs équipements pour demeurer compétitives. Elles ont dépensé des dizaines de millions de dollars de deniers publics pour publiciser leurs beaux pavillons et se concurrencer entre elles afin d'attirer les étudiants. Est-il juste que des contribuables paient pour cette publicité qui ne donne aucune plus-value à la formation des étudiants?

Monsieur Charest, vous demandez à des étudiants et à des contribuables de continuer à faire des chèques en blanc à des universités dont vous contrôlez difficilement les dépenses et les projets. Ironiquement, c'est le rôle de ces universités d'enseigner les règles de bonne gestion. Les cordonniers étant souvent les plus mal chaussés, les contribuables ont besoin que les universités rendent des comptes sur leurs dépenses et leurs projets. Votre projet n'en tient pas vraiment compte et fait supporter aux étudiants et aux contribuables le fardeau des incompétences en gestion de nos universités, tout en compromettant l'accessibilité aux études supérieures d'une plus grande partie de la population.

Remémorons-nous un petit moment, le fameux dossier du CHUM. L'Université de Montréal avec le lobby de son ex-recteur, avait réussi à convaincre notre premier ministre qu'il fallait construire le CHUM et un tout nouveau campus de l'Université de Montréal sur le site de l'ancienne gare de triage à Outremont, même si la facture du CHUM allait gonfler de plus de 1 milliard$ et que le tout allait retarder la mise en branle du projet. Il aura fallu la démission du ministre des Finances Yves Séguin et l'intervention du ministre Couillard pour que le projet se réalise au centre-ville, à l'endroit prévu. Le ministre Couillard a quitté la vie politique peu de temps après cet épisode. On pourrait discuter longuement de l'ilot Voyageur et de plusieurs autres projets universitaires, tant les universités ont cette capacité à créer de nouveaux projets et à remettre sur les rails des projets que l'on croyait morts.

Je suis contre la hausse des frais de scolarité, car ce que vous me proposez, c'est un projet de société qui fera payer une injuste part de l'éducation d'une classe plus aisée de la société par les contribuables de la classe moyenne et les plus pauvres qui auront plus difficilement accès à l'éducation supérieure. Le Québec a besoin d'une société instruite et solidaire pour prospérer et vous me proposez le contraire.

Monsieur Charest, retournez donc faire vos classes et cette fois à la bonne école. J'endosserai votre projet de rehaussement du financement des universités lorsque vous m'aurez fait la preuve que tous les acteurs de la société participeront au financement des universités, que les universités seront soumises à une réelle reddition de comptes et à un véritable contrôle financier et surtout, que votre projet garantit l'accessibilité aux études universitaires à toutes celles et ceux qui désirent le faire, indépendamment de l'épaisseur de leur portefeuille, de celui de leurs parents et de leur provenance sociale.

Benoit Chartier

Granby

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