Le gouvernement libéral de Robert Bourassa, au début des années 90, procéda au dégel des droits de scolarité . En quatre ans , selon l'étude du professeur et doctorante, Pierre Doray et Amélie Groleau (Le Devoir, 23 mars) ils passèrent en moyenne de 581$ à 1630$. Toujours selon cette étude, la conséquence fut une chute de 26 000 inscriptions en cinq ans. Comme s'il ignorait ces faits, le Parti libéral de Jean Charest impose aux étudiants une hausse de 1625$ , en fait de 75%, sur cinq ans. Et en dépit de l'imposante manifestation du 22 mars, Jean Charest et sa ministre de l'Éducation Line Beauchamps se montrent toujours sourds devant l'argumentation principale des étudiants en grève à l'effet qu'un tel dégel et aussi brusque, va limiter l'accessibilité, en plus de les endetter .
Pour justifier la position de son gouvernement, Jean Charest se contente d'opposer un argument comptable ,celui de dire qu'au terme des cinq ans, l'effort financier des étudiants québécois sera moindre, en proportion,que celui exigé de la cohorte des années 1960 et que leur part de financement des études supérieures ne sera que de 17% , alors qu'il est aujourd'hui de 12%.Yves Boisvert dans sa chronique (La Presse du 22 mars) y ajoutait même un peu d' émotion: «Est-ce horriblement injuste de demander aux étudiants de payer moins que ce que payaient leurs grands-parents en 1968, en dollars constants?»
Pas horriblement, certes, mais injuste oui, et pour les raisons suivantes:
I) Les étudiants qui n'ont ni prêt ni bourse, lesquels seront augmentés, apparemment, pour compenser la hausse, comptent pour environ 60% de la clientèle universitaire. Pour la majorité d'entre eux et de leurs parents, ce dégel sera une source supplémentaire d'endettement qui nécessairement aura un impact sur l'accessibilité, surtout pour les étudiants en région qui doivent déjà prévoir entre 6000$ et 10 000$ par année de frais de séjour et autres pour se rapprocher d'une université. En passant, ces frais de rapprochement étant exclus pour les parents et étudiants vivant près d'une université, il est compréhensible que pour certains d'entre eux cette hausse apparaisse minime à côté des droits de scolarité payés par les étudiants dans le reste du Canada.
II) Et surtout injuste parce que Jean Charest, par ce dégel, sabote le principe de la gratuité universitaire souhaitée par le rapport Parent et les révolutionnaires tranquilles des années 60-70,car en fait, le 12% de contribution des étudiants au financement des études supérieures n'était devenu au fond qu'une contribution minime quasi symbolique pour soutenir une gratuité de fait. Jean Charest brise ainsi un acquis important de la société québécoise. Ce qui explique l'appui de plus en plus important apporté aux étudiants par une grande partie de la population.
Si le premier ministre avait, il y a quelques années, entre autres, investi au niveau des universités les 700 millions obtenus du gouvernement Harper pour compenser le déséquilibre fiscal plutôt que de diminuer l'impôt des particuliers et des entreprises, à l'encontre de toute l'argumentation du Québec pour obtenir cette compensation, et s'il y avait moins d'argent dans la corruption, cela causé par son propre déni de cette problématique , sans doute aurait-il pu faire des choix budgétaires différents et maintenir cet acquis important pour la société québécoise. Pour sortir de l'impasse et pour que nos étudiants puissent retourner en classe, ne conviendrait-il pas que Jean Charest déclenche des élections générales immédiatement sur cet enjeu et celui de l'avenir de l'éducation en général, et qu'il permette au peuple de trancher?
Denis Forcier
Shefford