Les lucides et les candides

La Voix de l'Est

Il est assez facile de diviser le monde entre bons et méchants, entre lucides et candides. Ceux qui pensent comme nous sont lucides et les autres sont candides. La vie est plus complexe que ça. Nous avons toujours à payer, tant pour l'action que pour l'inaction. En général, les coûts futurs de l'inaction sont plus onéreux et ont des conséquences beaucoup plus néfastes.

La myopie est probablement le pire défaut des administrations publiques centrées uniquement sur la dette et les taxes. Non seulement celles qui en sont atteintes ne voient pas très loin, mais en plus elles réduisent considérablement la périphérie de leur champ de vision. Et on retrouve cette grande particularité dans les priorités des programmes politiques adoptés par ces administrations conservatrices.

Les administrations font face à deux options: ou bien elles investissent peu dans le présent afin d'être capables de payer comptant ou de payer moins d'intérêt dans le futur, ou bien elles investissent davantage dans le présent afin de payer moins cher les réparations ou les réalisations futures des mêmes projets. Faut-il le rappeler, la vie avance inexorablement. Une programmation à long terme du statu quo conduit à de très coûteux et inévitables reculs. C'est un calcul mauvais et très peu stratégique. Les expériences bien concrètes et pas très lointaines au plan municipal nous l'ont très bien rappelé au cours des dernières années.

Dans l'Histoire, rares sont les personnes qui ont fait l'objet d'admiration pour leur conservatisme. À part celles qui ont entretenu le culte de la personnalité, généralement la mémoire se souvient des grands bâtisseurs, des grands visionnaires, de ceux et celles qui ont investi dans la protection des espaces boisés et montagneux, qui ont favorisé le caractère artistique et architectural des infrastructures, qui ont soutenu généreusement les organismes culturels et communautaires, qui ont préservé le patrimoine bâti et environnemental. Des millions de touristes investissent chaque année des milliards de dollars dans les économies nationales pour admirer le génie et la beauté des oeuvres réalisées grâce au soutien des deniers publics.

Dans toute décision, un nombre impressionnant d'éléments interviennent dont évidemment, le nerf de la guerre, l'argent. Pour certains, l'argent les enchaîne dans une espèce de peur irrationnelle qui les transforme en statue de sel et les pousse à inventer des tragédies toutes fictives. D'autres, au contraire, y voient un moyen non pas inépuisable, mais très favorable au développement et à la croissance. Et parfois, c'est malheureux, se glissent dans ce dernier groupe des mégalomanes avec des projets qui n'ont fait l'objet ni d'études objectives, ni d'analyses sérieuses, et qui ne visent pas le bien-être de la population.

Mais, ce sont des cas rarissimes. En fait, dans tout projet, on se doit de questionner le caractère collectif, la pertinence, les retombées à court et long terme, les dimensions, les coûts présents et futurs tout en réduisant le plus possible les motivations subjectives, ce qui n'est pas facile. L'objectivité lucide ne se réduit pas aux mots dette et taxe.

André Beauregard

Shefford

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