Le Québec est la seule province qui n'encourage pas la distribution de vins locaux

La Voix de l'Est

Réplique à la lettre d'opinion de Gaétan Frigon intitulée «Le prix du monopole», publiée dans La Presse du 31 août

En lisant l'opinion de M. Frigon, je me suis rendu compte à quel point la défense de la SAQ dans son refus de faire la promotion des vins du Québec est basée sur des prémisses fragiles et parfois des prétentions erronées qui ont la vie dure.

Il est vrai que les accords de l'OMC en 1994 incitaient les pays signataires à éliminer les entraves au commerce international et que nos monopoles de distribution d'alcool ont pu être maintenus grâce à des promesses de ne pas favoriser les produits locaux. Mais l'Ontario n'a pas suivi et son monopole de distribution, la LCBO, non plus.

Au contraire, la LCBO ouvre ses portes aux produits locaux et en fait la promotion préférentielle. Il y a présentement une ronde de discussions bilatérales entre l'Union européenne et le Canada, et même si tout se fait derrière des portes closes, on sait que le cas de l'Ontario accroche présentement.

Le cas de la Colombie-Britannique est plus subtil, mais là aussi, il y a favoritisme. De même en Nouvelle-Écosse. Si bien que le Québec est la seule province productrice de vins au Canada qui n'encourage pas, via son monopole, la distribution de vins locaux.

Les vins du Québec ne représentent que 1% des vins vendus à la SAQ. Une entrave mince comme une hostie aux soi-disant règles, qui bien souvent diffèrent de la pratique, pourrait permettre de passer à 2%. Pensez-vous que les Européens se sentiraient menacés? Et s'ils ruaient dans les brancards, la SAQ, un des plus gros acheteurs de vins français sur la Terre, n'aurait qu'à se traîner les pieds dans la distribution des vins de France, pour que ceux-ci cessent leurs pressions.

Les avocats de la SAQ et du ministère du Développement économique aiment bien se conformer aux règles avec un scrupule qui étonne, mais la vie des affaires plie souvent les règles par des compromis raisonnables. Et je passe sous silence les multiples organisations étatiques françaises qui subventionnent la SAQ dans sa promotion des vins français. On accepte les subventions répréhensibles des Français qui sont probablement hors de proportion par rapport à celles qu'on nous refuse.

M. Frigon commet également l'erreur de prétendre que parce que les vins sont écoulés en dehors du circuit de la SAQ, on y trouve notre compte. C'est loin d'être le cas. Chaque fois qu'on fait une vente à la propriété, c'est un peu comme si on démarchait un client nouveau qu'on va perdre 8 fois sur 10. Le Montréalais, le Sherbrookois ou le Saguenéen qui sort de chez nous, fou de notre vin, s'abreuve la plupart du temps à la SAQ et s'il ne nous y voit pas, il est perdu pour nous.

M. Frigon prétend également que notre climat plus froid qu'en Ontario rend nos coûts prohibitifs. Or pour plusieurs de nos cépages, les rendements sont similaires; certains de nos coûts sont inférieurs, d'autres supérieurs.

Les vignerons québécois encourent des coûts supérieurs globalement précisément parce que l'industrie n'a pas la taille suffisante pour avoir des fournisseurs ou des sous-traitants dans certains aspects de la production qui sont coûteux et cruciaux, comme l'embouteillage, le stockage des bouteilles vides ou remplies, des laboratoires d'analyse concurrentiels ou des conseils oenologiques variés.

L'industrie vinicole du Québec est trop petite en grande partie parce que la commercialisation à la SAQ est restreinte. Et il en est ainsi parce que la vente à la SAQ est peu ou pas rentable. C'est un cercle vicieux que les autres provinces au Canada ont voulu éviter. Les limites à la commercialisation sont un frein à l'investissement et l'expansion.

Cela dit, la SAQ fait des gros efforts pour se rendre plus accessible. Mais pour ce qui compte vraiment, elle a les mains liées par une sorte de marasme bureaucratique. À Québec, quatre ministères ont leur mot à dire sur les politiques vinicoles. Difficile de bouger en équilibre sur des prémisses fragiles qu'on a peine à déloger!

La SAQ accepte les subventions répréhensibles des Français, probablement hors de proportion par rapport à celles qu'on refuse aux vignerons québécois.

Léon Courville, propriétaire du Domaine Les Brome, Lac-Brome

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