Homard sans frontière

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Le homard a la cote ces jours-ci, grâce à une stratégie qui le rend plus accessible, note Sylvain Charlebois.

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Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est

Difficile de comprendre comment l'humain a un jour décidé que le homard était une bête comestible.

Peu ragoûtant, bien protégé par sa carapace et difficile à décortiquer pour le manger. En effet, il fut un temps où l'on ne servait le homard qu'aux prisonniers. Longtemps considéré comme le «poulet de la mer», le homard représentait une source de protéines à bon marché. Mais les temps ont bien changé. Le homard est maintenant un produit recherché, désiré et surtout dispendieux. Le président français Emmanuel Macron a même reçu Donald Trump, son homologue américain, au homard lors de sa plus récente visite à Paris. 

Durant la saison estivale, on retrouve fréquemment sur les menus un sandwich au homard à 30 dollars. Le homard cuit se vend en moyenne 13 dollars la livre en 2017. Les prix particulièrement élevés cette année ont forcé certaines chaînes de restauration à faire des ajustements sur leur menu. Le McHomard, le sandwich saisonnier populaire vendu dans les restaurants McDonald de la région de l'Atlantique, n'est pas offert cet été. McDonald en a fait l'annonce en juin dernier en raison des prix élevés. 

Le homard a cependant la cote ces jours-ci, grâce à une stratégie qui le rend plus accessible. Pour ceux qui détestent décortiquer un homard entier, plusieurs façons de savourer cette bête de la mer s'offrent à vous. Il existe maintenant des burritos au homard, des beignets aux homards et même de la bière au homard. Bien sûr, les salades, guédilles, poutines et autres mets bien connus profitent toujours de la même popularité. De plus en plus, le crustacé se vend comme un ingrédient que l'on ajoute à un produit populaire. Brillant.

Ce n'est pas tout le monde qui raffole de ce crustacé rouge à pinces déposé sur une assiette, accompagné de citron et de beurre à l'ail ! Il ne faudrait cependant pas négliger le fait que le homard offre aussi une option santé. Moins calorifique que le poulet, le homard renferme de riches sources d'omega-3, de potassium, de vitamines E, B-12 et B-6. 

En général, la saison est bonne un peu partout en Atlantique. Le Québec et les quatre provinces de l'Est sont de grands producteurs de homards, la Nouvelle-Écosse demeurant le maître incontesté. L'industrie du homard au Canada totalise de nos jours une affaire d'un milliard de dollars puisque les recettes ont doublé depuis 2010. Plus qu'auparavant, le homard est surtout désiré ailleurs dans le monde, particulièrement en Asie. Les exportations de homards vers la Chine ont plus que triplé en 2012, un bond spectaculaire.

Alibaba, le site Internet qui vend à peu près tout en Asie, vend même du homard canadien. Et avec le traité de libre-échange avec l'Europe, les exportations risquent d'augmenter davantage, tandis qu'une exemption de tarifs rendrait le homard canadien moins cher pour les Européens, beaucoup moins coûteux que celui en provenance du Maine aux États-Unis. Puisque les Américains n'ont pas d'entente avec les Européens, les 150 millions de dollars de vente de homards entre les États-Unis et l'Europe pourraient bien se réaligner vers le Canada. 

Tout de même, les Américains bénéficieront indirectement de l'entente canado-européenne, puisqu'il y a beaucoup de homards du Maine qui traversent les frontières canadiennes pour une transformation spécialisée. Il y a fort à parier que le homard fera partie des prochaines négociations de l'Accord de libre-échange nord-américain, initiées par le gouvernement Trump. 

Manque de traçabilité

Alors le homard a un avenir prometteur. Mais l'un des plus grands problèmes du homard canadien est son manque de traçabilité. Le homard canadien se vend souvent ailleurs dans le monde comme un produit des États-Unis. En Asie, par exemple, le Maine et le «homard américain» sont des «marques» connues, mieux cotées que celle du Canada. C'est un fait qui dérange le Conseil canadien du homard, basé à Halifax. Depuis cette année, le Conseil a mis de l'avant une nouvelle stratégie marketing afin de faire mieux connaître le homard canadien et il était temps. 

Assumer le rôle du petit cousin de la mégaéconomie des États-Unis n'est jamais facile. À l'international, nous faisons souvent partie des grands oubliés, surtout dans le secteur agroalimentaire. Comme avec le homard, nous devons faire plus afin de faire valoir nos propres produits au monde entier. Il est vrai qu'il y a peu de différence perceptible entre le homard canadien et celui des Américains au niveau du goût et de la qualité. Mais de rappeler au monde que ce que nous offrons bénéficiera à notre économie de multiples façons. 

Sylvain Charlebois

L'auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie




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