Casse-tête chinois

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Le système alimentaire de la Chine est complexe et gigantesque ; il s'étend sur plusieurs provinces et regroupe de nombreux dialectes. Personne ne connaît avec exactitude le nombre d'agriculteurs.

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Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est

Tout le monde reconnaît que la Chine se transforme à une vitesse phénoménale et tente de s'adapter aux autres économies développées depuis plusieurs années. Malgré ses ratés au niveau des droits de la personne et en matière d'environnement, la Chine s'occidentalise du mieux qu'elle peut, et son secteur agroalimentaire ne fait pas exception. De surcroît, les attentes des consommateurs chinois se jumellent de plus en plus à celles des pays plus développés.

Ainsi, en reconnaissant que son système a de très grosses lacunes, la Chine adoptait récemment un plan quinquennal ayant comme objectif d'améliorer la qualité des aliments sur son territoire. Le but premier est de permettre à la Chine de rattraper le monde industrialisé. L'approche de Pékin en matière de salubrité des aliments détonne du style despote des années dernières. 

La crise de la mélamine dans le lait infantile en 2008 a vraiment ébranlé la confiance des consommateurs chinois. À l'aube des Jeux de Pékin, dans le but de diminuer les coûts de production, certaines entreprises avaient ajouté de la mélamine au lait, tuant ainsi six bambins tandis que plus de

2000 enfants étaient hospitalisés. Ces chiffres sont bien connus, mais plusieurs estiment que le nombre de décès est une sous-estimation grossière du gouvernement. 

Pire encore, le gouvernement avait attendu seulement après les Jeux pour faire l'annonce du rappel, dans le but de ne pas ternir la réputation de la Chine pendant qu'elle recevait le monde entier dans sa capitale. Le fait d'avoir attendu a sans doute exposé plusieurs jeunes innocentes victimes au lait meurtrier. Encore aujourd'hui, les Chinois ont clairement beaucoup de difficulté à pardonner à l'État. Malgré cela, à part les quelques procès et communiqués anodins, l'État blâme surtout quelques individus responsables, dont certains ont déjà été exécutés. Après tout, c'est la Chine. 

L'autre scandale qui dérange est celui de la viande avariée chez Yum Yum Brands, propriétaires des chaînes KFC, par exemple. Il faut comprendre que KFC est un symbole social puissant en Chine. Plusieurs couples estiment que KFC est l'endroit idéal pour une rencontre amoureuse. Mais c'est en 2014 que les choses ont basculé. À l'époque, la chaîne avait été accusée d'utiliser de la viande rejetée pour desservir ses 20 000 restaurants à travers le pays. Depuis, la chaîne tente de remonter la pente, de peine et de misère. C'est un autre scandale qui ébranle sévèrement la loyauté des consommateurs. 

Pendant que les scandales majeurs s'accumulent, la Chine s'ajuste. Pékin avoue plus que jamais qu'il faut agir en mettant de l'avant un plan ambitieux. Mais le système alimentaire de la Chine est complexe et gigantesque ; il s'étend sur plusieurs provinces et regroupe de nombreux dialectes. Personne ne connaît avec exactitude le nombre d'agriculteurs. La topographie de ce pays fait en sorte qu'il est difficile de recenser efficacement les entreprises du secteur. En transformation, c'est un peu différent, mais les chiffres sont ahurissants. Il existe plus de 135 000 transformateurs fixes, presque 9 millions d'entreprises mobiles, et pratiquement 4 millions de traiteurs. Pour le secteur de la transformation, ce sont des ventes qui totalisent plus de deux mille trillions, et la croissance du secteur excède 12 % par année présentement. C'est un secteur en ébullition qui nécessite une attention particulière. 

Par contre, le plan n'est pas appuyé par un budget précis. Du moins, il n'est pas public. En comparaison, le United States Department of Agriculture (USDA) aux États-Unis a un budget qui dépasse 160 milliards de dollars. Pour bien faire, la Chine devra au moins doubler cette mise pour atteindre les mêmes objectifs. 

En salubrité alimentaire, surtout lorsqu'un système n'est pas bien développé, l'argent et la transparence sont des armes de choix. Jouer le jeu des perceptions de risques en salubrité des aliments se gagne par le partage et le respect des individus que nous nourrissons. Outre l'engagement qu'elle offre pour harmoniser ses standards à ceux du reste du monde, la Chine doit le faire en offrant à son peuple une fenêtre ouverte à l'appareillage étatique. Mais il est difficile de s'attendre à cela de la Chine. 

Le gouvernement ne mentionne pas non plus comment sa stratégie changera d'un type de production à l'autre. La réalité de la filière laitière diffère de celle de la production maraîchère. Le plan chinois est peut-être ambitieux, mais le gouvernement fait preuve d'un manque d'expérience. La Chine entend présenter un nouveau plan pour assurer la qualité des sols agraires d'ici la fin de l'année. 

En somme, le système de surveillance chinois n'a pas le choix et doit se moderniser. Par le biais du commerce international, le pays nourrit le monde. Son image est d'une importance capitale pour la Chine. Mais le nouveau plan accomplira autre chose. Vu sa métamorphose socio-économique des dernières années, le véritable enjeu pour la Chine est de regagner la confiance de ses propres citoyens, purement et simplement. Les clients à l'échelle internationale passent bon deuxièmes.

Sylvain Charlebois

L'auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie




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