Le beau risque du MAPAQ

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Il faut bien comprendre qu'une politique agroalimentaire revêt une importance capitale pour quelque pays ou province que ce soit. Une telle politique a pour effet d'unifier les activités interreliées de la recherche, de l'industrie agroalimentaire de la ferme à la table, et surtout de rallier des consommateurs ayant des visions diverses.

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La Voix de l'Est

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Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) convie les citoyens de la province à un sommet sur l'alimentation. Il y aura trois rencontres thématiques, dont la première s'est tenue la semaine dernière à Montréal. Cette démarche permettra au ministère d'établir une politique bioalimentaire pour le Québec. C'est vraiment la première fois qu'une province canadienne va aussi loin pour établir sa propre politique en incluant l'ensemble des citoyens. C'est un exemple que d'autres provinces devraient suivre, mais la tâche ne sera pas facile pour la Belle Province. 

D'abord, il faut bien comprendre qu'une politique agroalimentaire revêt une importance capitale pour quelque pays ou province que ce soit. Une telle politique a pour effet d'unifier les activités interreliées de la recherche, de l'industrie agroalimentaire de la ferme à la table, et surtout de rallier des consommateurs ayant des visions diverses. Ainsi, une stratégie cible des priorités qui nécessitent des ressources qui sont toujours limitées. Compte tenu de la réalité des fonds publics ces derniers temps, être bon dans tout et dire oui à tout le monde est impossible. Mais avant tout, une politique agroalimentaire a pour but de décloisonner les différents ministères au sein d'un gouvernement pour mieux servir le citoyen. Une telle approche permet à un État de s'attaquer de manière holistique aux problèmes complexes comme la faim, le commerce international en alimentation, les changements climatiques, la nutrition et le gaspillage alimentaire. 

Les provinces de l'Ontario, la Saskatchewan, l'Alberta et la Colombie-Britannique ont toutes organisé des sommets, mais principalement pour assister les législateurs, l'industrie et la recherche, sans plus. C'était la même chose à Ottawa. En effet, depuis plusieurs années, des groupes d'intérêts, des associations, et des groupes de recherche se sont affairés à établir une politique agroalimentaire, un peu partout au pays. La timidité des gouvernements offrait à plusieurs groupes une chance inouïe de s'exprimer sur le sujet. Food Secure Canada, le Conference Board à Ottawa et au moins une dizaine d'organismes ont offert aux Canadiens leur vision du monde agroalimentaire ces dernières années. Certains ont réussi mieux que d'autres à attirer l'attention nécessaire pour faire valoir leur point de vue. Pendant ce temps, les différents paliers gouvernementaux se montraient intéressés aux différents programmes, sans jamais offrir un brin de leadership. Jusqu'à ce jour, la politique pancanadienne du gouvernement Trudeau se fait attendre.

Au Québec, il y a eu bien sûr la commission Pronovost dont le rapport fut présenté en 2008. C'était un rapport audacieux qui remettait en question certaines politiques ancrées dans les moeurs québécoises, dont le monopole syndical de l'UPA. Ce problème existe toujours et l'UPA abuse encore de son pouvoir. Mais grâce au travail de la commission, l'appui qu'offre l'assurance stabilisation des revenus agricoles s'est nettement amélioré depuis quelques années. Mais le but de la Commission était de dresser un portrait de l'influence en agriculture au Québec et la parole était surtout donnée aux différents groupes d'intérêts. L'établissement d'une politique agroalimentaire n'était pas au programme. 

Cette fois-ci par contre, le MAPAQ s'engage dans un exercice ambitieux, mais surtout, démocratique. D'ailleurs, la première rencontre montréalaise s'intéresse aux préoccupations des consommateurs. L'étiquetage des OGM, le prix des aliments, le gaspillage alimentaire, l'hygiène et la salubrité, la transparence des chaînes alimentaires, bref, tout y passe. L'objectif premier de cette rencontre sera d'éduquer, mais surtout, d'offrir une tribune à tous les citoyens interpellés par les systèmes agroalimentaires modernes. Bien saisir l'ensemble des préoccupations citoyennes sans sombrer dans les délires de certains puristes ne sera pas facile. L'alimentation est un sujet passionnant, mais parfois très émotif. Nous l'avons constaté par le passé lors de différents événements de ce genre. Espérons que la rencontre fera preuve d'une sobriété exemplaire. 

La deuxième rencontre qui aura lieu en février 2017 à Drummondville s'intéressera autant à la distribution qu'à la transformation et au secteur du service alimentaire. Dresser l'inventaire des préoccupations de tous ces secteurs en une seule journée sera extrêmement difficile. Et finalement, en mai 2017 aura lieu la dernière rencontre axée sur l'entrepreneuriat et l'innovation. Encore là, des sujets fort importants à aborder dans un laps de temps très restreint. 

Pendant qu'Ottawa se fait attendre, le MAPAQ fait preuve de cran et d'ambition, et c'est ce dont la province a besoin. Par le fait même, le MAPAQ admet que l'avenir de l'industrie agroalimentaire appartient à tous, et non pas seulement aux agriculteurs et à d'autres secteurs connexes. Organiser un tel sommet est un risque, certes, mais un beau risque. 

Sylvain Charlebois 

L'auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie

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