Le coût du local

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En cette période de l'année, plusieurs individus visitent les marchés publics pour se divertir. En effet, c'est la saison forte pour les fruits et légumes, ce qui amène une belle visibilité à nos produits du terroir.

Catherine Trudeau, Archives La Voix de l'Est

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Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est

En cette période de l'année, plusieurs individus visitent les marchés publics pour se divertir. En effet, c'est la saison forte pour les fruits et légumes, ce qui amène une belle visibilité à nos produits du terroir. D'ailleurs, certains estiment que plus de 40% des Canadiens visiteront un marché public au moins une fois durant la saison estivale et achèteront des produits locaux. L'engouement pour nos produits alimentaires est donc palpable. Même les détaillants valorisent nos produits en les plaçant en vedettes dans leurs établissements et leurs dépliants. Or, cette pratique vient à coûter plus cher et certains individus n'ont tout simplement pas les moyens de se procurer les produits locaux.

Par ailleurs, selon certaines enquêtes canadiennes récentes sur le sujet, les produits locaux coûtent normalement de 10% à 25% plus cher qu'un produit équivalent qui provient de l'extérieur. Même s'il est toujours difficile d'arriver à un pourcentage précis, dû aux comparatifs qui varient selon les quantités, la saison, les devises et le pays d'origine, notre climat nordique empêche de développer les mêmes économies d'échelle que l'on voit ailleurs dans le monde. En effet, bien que certaines politiques de commercialisation à la ferme au Canada étouffent notre capacité de produire efficacement - comme dans le cas des produits laitiers, par exemple -, il est tout de même difficile de rivaliser contre les États-Unis, le Mexique ou même le Brésil.

Malgré cela, de façon générale, la différence de prix entre les produits de chez nous et ceux qui proviennent de l'extérieur est considérable. Toutefois, il en est de même pour l'ensemble des citoyens en Occident, étant donné l'explosion du commerce international des dernières années. Bref, il n'existe pratiquement aucune économie agroalimentaire développée en mesure d'offrir à ses consommateurs une diète localisée, au rabais, à moins de se limiter à des choix très limités. Ainsi, le Canada n'est pas le seul dans cette situation. En agroalimentaire, les échanges à l'international permettent de faire croître notre économie tout en découvrant des saveurs d'ailleurs et en maintenant les prix alimentaires à un niveau convenable, surtout pour les moins nantis.

Mais de mettre en contraste les prix d'un produit d'ici versus un produit importé est un exercice qui manque de raisonnement. En achetant un produit alimentaire local, que ce soit une pomme, une confiture, un vin, un pâté, du veau, une tarte, etc., ce qui vient avec le produit est une histoire, notre histoire. Avec un tel achat, nous tissons un lien inimitable avec l'écosystème agroalimentaire qui nous entoure. L'expérience de l'achat d'un produit d'ailleurs n'est tout simplement pas la même. Il n'y a rien de mal à acheter des produits alimentaires importés, mais ce n'est pas du tout la même chose lorsque l'on achète des cornichons de l'Inde ou de la laitue de la Californie. Alors, le fait de comparer des produits alimentaires que par le prix est une analyse caricaturale, sans signification.

Bien sûr, conjuguer le budget avec la volonté de savourer les produits locaux n'est jamais facile. La réalité financière difficile que vivent plusieurs individus fait en sorte que le prix demeure le facteur décisionnel le plus important. Pour certains, les choix alimentaires sont une question de survie, alors le fait d'opter pour un produit frais de la région est considéré comme un luxe.

N'empêche que depuis quelque temps, d'autres facteurs tels que le bien-être animal, l'empreinte écologique des aliments et leur provenance deviennent prioritaires pour un plus grand nombre de consommateurs. Les bienfaits socioéconomiques et culturels de l'achat local sont de plus en plus reconnus par les consommateurs. D'ailleurs, en consultant l'offre relevée de nos grands détaillants en alimentation au cours des dernières années, il est possible de constater que le marché évolue et que certains individus cherchent autre chose.

Certes, il y a un prix à payer en optant pour un produit alimentaire dont la production et la transformation sont locales, mais à l'occasion, opter pour nos produits vaut la peine, notamment pour la prospérité socioculturelle de nos régions. Le rapport entre nos régions et les citadins permet de mieux comprendre et d'apprécier à quel point nous sommes chanceux de vivre ici, où la diversité et la richesse alimentaire sont au rendez-vous.

L'auteur est doyen de la faculté en management

Professeur en distribution et politiques agroalimentaires

Université Dalhousie

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