Entente Canada-UE: pour l'agroalimentaire, oubliez ça

L'avenir de l'entente canado-européenne, signée par le gouvernement... (Archives La Voix de l'Est)

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L'avenir de l'entente canado-européenne, signée par le gouvernement Harper et endossé par le nouveau gouvernement Trudeau, est incertain. Lors de sa signature, le Canada se voyait faire des gains pour le boeuf et le porc, tandis que les Canadiens auraient eu accès à plus de produits laitiers d'Europe.

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Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est

Personne ne peut prédire avec exactitude comment le divorce entre le Royaume-Uni et l'Union européenne se déroulera. C'est la première fois que l'Union voit l'un des leurs quitter. Peu de gens croyaient que le premier à quitter serait le Royaume-Uni. C'est une grosse perte, surtout pour le Canada, car le Royaume-Uni est l'un des plus grands partenaires européens. En effet, le déficit commercial du Royaume-Uni avec le Canada dans le domaine agroalimentaire s'approche de 40 milliards de dollars. En Angleterre, par exemple, plusieurs savourent le Fish and chips fait avec du poisson canadien. Bref, plus de la moitié de nos échanges avec le vieux continent sont faits avec les Anglais. Dans le domaine agricole et notamment dans celui du commerce international, l'enjeu est énorme. Ainsi, le Canada ne sera pas épargné.

D'abord, portons une attention particulière au système de subventions actuel de l'autre côté de l'Atlantique, qui est tout de même considérable. En effet, le Royaume-Uni jouit du support apporté par la politique agricole commune européenne depuis 1957. Cette politique concerne plus de 40 % du budget total de l'Union européenne. En Europe, c'est environ 80 milliards de dollars qui servent à titre de subventions et les Britanniques en profitent. L'an dernier, les producteurs britanniques ont reçu plus de 5 milliards de dollars en subvention qui proviennent de l'Europe. Il existe aussi un autre fonds pour le développement économique rural qui est assuré par la politique agricole européenne. Au total, c'est près de 55 % de l'aide reçu par les agriculteurs qui provient de l'Europe. Or, les producteurs britanniques ne s'inquiètent pas outre mesure. Les restrictions encombrantes sur l'utilisation de semences génétiquement modifiées et sur certains herbicides imposés par l'Europe en gênent certains.

D'ailleurs, un estimé montre que plus de 60 % des agriculteurs ont voté pour le départ de l'Union européenne. Ainsi, si le Royaume-Uni a le devoir de remplacer le trou béant laissé par son retrait de la politique commune, le pays peut compter sur l'appui politique des agriculteurs.

Dans un autre ordre d'idées, l'économie agroalimentaire britannique risque de se refermer sur elle-même et assurer sa propre destinée, tout comme le fait actuellement la Suisse. Il y a un prix à payer pour une telle approche et un système protectionniste pousse souvent les prix des produits alimentaires à la hausse tout en diminuant le niveau de compétitivité du secteur. Donc, le taux d'inflation alimentaire pourrait augmenter chez les Anglais. Ainsi, puisque l'importance des ententes commerciales varie aussi, c'est à ce moment que le Canada pourrait en ressentir les effets.

L'avenir de l'entente canado-européenne, signée par le gouvernement Harper et endossé par le nouveau gouvernement Trudeau, est incertain. Lors de sa signature, le Canada se voyait faire des gains pour le boeuf et le porc, tandis que les Canadiens auraient eu accès à plus de produits laitiers d'Europe. Il est clair que le vote du Brexit arrive à un moment inopportun pour ceux qui souhaitaient la ratification de l'entente. Avec ce pacte transcontinental, le Canada deviendrait le seul pays au monde signataire de deux partenariats majeurs entre deux continents. Évidemment, les Américains tentent aussi d'obtenir leur propre entente avec l'Europe, mais les choses se compliquent pour eux. Avec les élections présidentielles actuelles, dominées par un ton anti-néo-libéral, il est difficile de prévoir comment une telle entente deviendra une priorité aux États-Unis. C'est pourquoi le Canada aurait eu un avantage concurrentiel inouï, du moins pour un certain moment.

Or, tout porte à croire que le vote britannique met l'entente sur la sellette, puisque l'objectif premier au Royaume-Uni sera de remplacer le rôle que l'Union européen jouait.

Chez nous, la valse des devises peut amener son lot de surprises. Avec un nombre grandissant d'investisseurs inquiets, notre huard risque d'en arracher contre le dollar américain. Ainsi, certains aliments, comme les fruits et légumes, à l'automne, et certains produits transformés risquent de coûter plus cher au cours des prochains mois. Bref, c'est un simple plébiscite qui aura des répercussions économiques dans nos assiettes. Au final, c'est l'ensemble de la planète qui paiera pour un Brexit qui divisera le monde pendant les années qui viennent. 

Sylvain Charlebois

L'auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie

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