Fraude alimentaire et abus de confiance

Une entreprise ontarienne a récemment été condamnée et... (123RF)

Agrandir

Une entreprise ontarienne a récemment été condamnée et doit maintenant verser une amende de 1,5 million$ pour avoir vendu des tomates mexicaines, sous un label canadien.

123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est

De manière générale, les Canadiens ne pensent pas à la fraude alimentaire, et plus souvent qu'autrement, les consommateurs ne doutent pas de l'origine des aliments qu'on leur propose. Or, la fraude alimentaire existe et personne n'est à l'abri.

Dans les restaurants, les magasins, les marchés publics, etc., la fraude alimentaire est possible. Toutefois, personne ne connait l'ampleur du problème. En 2013, l'Europe a vécu son scandale de fraude alimentaire lorsque de la viande d'âne, de serpent et de rat avait été trouvée dans divers produits. Depuis, les cas de fraude se multiplient sur le vieux continent et selon toute vraisemblance, le continent nord-américain pourrait subir le même sort.

D'ailleurs, une entreprise ontarienne a récemment été condamnée et doit maintenant verser une amende de 1,5 million$ pour avoir vendu des tomates mexicaines, sous un label canadien. C'est une somme record au Canada. De plus, cette compagnie qui vend et distribue des légumes au Canada sera en probation pour une période de trois ans. Bien que l'entreprise accepte le blâme, cela n'empêche qu'elle justifie son erreur par un problème informatique. Cette déclaration simpliste indique que l'entreprise n'accepte aucunement que ses actions aient été délibérées.

Évidemment, il est toujours difficile de démontrer que les intentions sous-jacentes à des actions frauduleuses sont de nature criminelle. Dans la plupart des cas, une enquête nécessite l'existence à l'interne d'un informateur qui, lui-même, doute des pratiques de son employeur. En effet, dans un secteur où la précarité d'emploi est une réalité, ceux-ci se font plutôt rares. De plus, pour les consommateurs ayant peu accès à l'appareillage de la chaîne d'approvisionnement en amont, suspecter une fraude est pratiquement impossible.

Or, il n'y a pas de doute, le régulateur public, en l'occurrence l'Agence canadienne des inspections des aliments, tenait à envoyer un message clair à l'industrie et une plus grande conscientisation collective générera sûrement d'autres cas.

Par ailleurs, il y a quelques semaines, le consulat italien au Canada annonçait que les Canadiens achetaient, à l'heure actuelle, pour plus de 3 milliards$ de produits alimentaires italiens falsifiés, altérés ou même mal étiquetés. Pour les Italiens qui misent sur l'agroalimentaire afin d'agrémenter leur image de marque nationale, ce genre de constat inquiète. Ici, une étude récente effectuant des tests par ADN a démontré que plus de 36% des échantillons de poissons, au Canada, indiquaient le mauvais type de poisson. Ce qui représente plus d'un paquet sur trois.

La fraude alimentaire se traduit de plusieurs façons: falsification, substitution d'ingrédients ou même mauvaise représentation d'un produit. Le nombre de rapports qui montrent que le problème de fraude alimentaire est manifeste se cumule à un rythme important. Un jour, les consommateurs auront accès à une technologie qui permettra de valider les étiquettes alimentaires en magasin, en temps réel. Ainsi, les consommateurs pourraient devenir les régulateurs les plus infaillibles du système, mais nous n'en sommes pas rendus là. Ce qui n'empêche pas l'ACIA de travailler de concert avec les services de sécurité publique et l'industrie afin de réduire les risques de fraude.

La grande distribution, consciente du problème, vérifie davantage et applique une plus grande rigueur à sa stratégie d'approvisionnement. Cependant, régler le problème en restauration et chez les petits marchands est moins évident. Dans la plupart des cas, le marchand ignore tout simplement que ses produits sont frauduleux, puisque la vérification est une opération onéreuse et impraticable.

À cet effet, il est important de préciser que la fraude alimentaire ne date pas d'hier. En effet, les premiers cas qui ont été répertoriés datent du temps des Romains. À l'époque, certains vins et huiles avaient altéré la quantité de produits disponibles. Toutefois, la technologie n'est pas celle que l'on connait aujourd'hui, puis la traçabilité a évolué et les exigences aussi. Mais avant tout, c'est l'avenir du secteur qui est en jeu.

Bref, la fraude alimentaire remet en question le contrat moral qui existe entre l'industrie et les consommateurs. Sans quoi, les aspects qui mettent en valeur l'hétérogénéité de notre alimentation telle que les produits locaux, biologiques et autres n'ont plus une grande signification. Enfin, puisque nous vieillissons et mangeons moins, la prospérité financière du secteur agroalimentaire se fie sur la reconnaissance d'un marché plus fragmenté.

Or, pour profiter de ces opportunités, les consommateurs doivent avoir confiance. 

Sylvain Charlebois

L'auteur, originaire de Farnham, est doyen de la faculté de management et professeur titulaire en distribution et politiques agroalimentaires de l'Université Dalhousie

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer