La Trifecta génétique

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Bien que cette loi du Vermont ait été devancée par l'initiative d'autres États américains, elle demeure particulière puisqu'elle est la seule qui oblige l'industrie à libeller la présence d'OGM, nonobstant ce que les autres États font.

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La Voix de l'Est

Le Vermont, État américain limitrophe au Québec et à l'Ontario, adoptait l'an dernier une loi obligeant les transformateurs alimentaires à afficher la présence d'organismes génétiquement modifiés (OGM), à partir du 1er juillet. L'adoption de la Loi 120 au Vermont en 2014 a créé une onde de choc et comme il fallait s'y attendre, de nombreuses procédures légales n'ont mené à rien.

Bien que cette loi du Vermont ait été devancée par l'initiative d'autres États américains, elle demeure particulière puisqu'elle est la seule qui oblige l'industrie à libeller la présence d'OGM, nonobstant ce que les autres États font.

Donc, l'enjeu pour les détracteurs était énorme. Évidemment, la décision bouscule quelque peu le reste du pays, mais surtout le Québec et l'Ontario qui ont exprimé leur intérêt à créer la «Trifecta» de l'étiquetage des OGM en Amérique du Nord.

Depuis 1994, la biotechnologie a pris d'assaut le marché en offrant aux agriculteurs des semences génétiquement modifiées, à l'insu des consommateurs. Maintenant, plus de 70% des produits sur nos tablettes d'épicerie contiennent des ingrédients génétiquement modifiés. Ce n'est pas rien. Certains estiment que c'est plus de 80% des produits qui en contiennent.

Bref, plusieurs consommateurs se sentent menacés par le côté abstrait, voire obscur, de l'agriculture et exigent que l'industrie soit à l'écoute de leurs préoccupations. Les entreprises en biotechnologie, quant à elles, craignent depuis toujours qu'une telle politique crée une tourmente collective non justifiée. En Amérique du Nord, les instances publiques ont toujours hésité à aller de l'avant avec une loi audacieuse d'étiquetage, jusqu'à maintenant.

L'héritage d'une vingtaine d'années d'inertie nous a menés à un débat archi-polarisé au sein de la population. On constate qu'en majorité, les consommateurs ont un point de vue diamétralement opposé les uns des autres en étant soit très favorables ou en extrême désaccord avec le génie génétique, sans nécessairement le comprendre.

Seules des entreprises oeuvrant dans le domaine de la biotechnologie comme Monsanto, BASF et Bayer sont à blâmer pour ce désordre. L'arrogance dont ont fait preuve ces entreprises a laissé place à des messages de nature angoissante avec lesquels certains groupes malintentionnés nous martèlent depuis plusieurs années. Le label «frankenfoods» a détruit à tout jamais l'image de certaines entreprises comme Monsanto. Même si la science nous indique que le génie génétique dans nos assiettes ne représente qu'un risque négligeable pour la santé, le doute persiste.

L'étiquetage obligatoire des OGM n'est pas une question de santé publique. En effet, l'étiquetage des OGM repose essentiellement sur un principe de base en communication du risque: la transparence. C'est un droit fondamental pour les consommateurs de savoir ce qu'ils achètent, point. En espérant que les règles du marché deviennent plus claires, les géants Campbell's Soup et Generals Mills n'ont pas attendu et ont déjà avisé le public de leurs intentions d'afficher la présence d'ingrédients émanant du génie génétique. Même si Santé Canada demeure timide, le Québec et l'Ontario s'activent en travaillant avec le Vermont.

En regardant aller les choses, ce n'est qu'une question de temps avant que l'ensemble du continent adhère à une loi obligatoire, qu'on le veuille ou non. Mais le marché évolue. Une récente étude publiée dans la revue Food Policy détermine que les étiquettes «OGM» n'affectent pas vraiment les consommateurs et leurs choix. L'étude inclut des fruits ainsi que des produits transformés. Les gens sont de plus en plus à l'affût des risques réels liés à la biotechnologie.

Somme toute, la situation actuelle est regrettable puisque la recherche dans le domaine de la biotechnologie a offert à l'agriculture moderne une chance de s'épanouir et de mieux gérer les risques climatiques. Aujourd'hui, notre agriculture est plus performante et permet à des agriculteurs québécois et canadiens de rentabiliser leur ferme. Par contre, avec l'éveil de la population ces dernières années, les producteurs mettent en terre ces semences avec une certaine gêne, ce qui explique vraisemblablement pourquoi les producteurs favorisent maintenant l'étiquetage obligatoire.

Pour une loi d'étiquetage cohérente, les spécifications d'une bonne traçabilité alimentaire devront changer afin de bien identifier les ingrédients visés. Les coûts seront bien évidemment affectés. Et pour les produits libellés «sans OGM», avec une telle loi, leur valeur marchande risque de diminuer. En démystifiant le génie génétique, la valeur perçue d'un produit libre d'ingrédients génétiquement modifiés s'estompera.

Sylvain Charlebois

L'auteur, originaire de Farnham, est professeur titulaire, distribution et politiques agroalimentaires et vice-doyen du collège en management et études économiques de l'Université de Guelph.

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