L'ère de la compassion stratégique

Originaire de Farnham, Sylvain Charlebois est professeur titulaire,... (Université de Guelph)

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Originaire de Farnham, Sylvain Charlebois est professeur titulaire, distribution et politiques agroalimentaires et vice-doyen du collège en management et études économiques de l'Université de Guelph.

Université de Guelph

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Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est

Tout comme pour les impôts, il existe une journée d'affranchissement des dépenses alimentaires. C'est la journée où le consommateur moyen aura gagné suffisamment d'argent depuis le début de l'année pour s'alimenter jusqu'à la fin de décembre. Ce jour est aussi connu sous le nom: «Food Freedom Day». Selon la Fédération canadienne de l'agriculture, cette journée tombait le 9 février 2016 pour les Canadiens, soit le 40e jour de l'année. Comparativement à l'an dernier, il aura donc fallu trois jours de plus au consommateur moyen pour se nourrir.

Compte tenu de la couverture médiatique ces derniers temps, prendre trois jours de plus au Canada pour se nourrir ne surprendra personne. Les prix augmentent, on le sait bien, et pour toute sorte de raisons. Climat, devise, emballage, distribution, les motifs s'accumulent, mais le choc persiste. L'hystérie récente qui a entouré le prix astronomique du chou-fleur nous indique deux choses.

D'abord, les consommateurs sont aux aguets et surveillent les prix de très près. Dans un deuxième temps, les médias enquêtent et s'activent pour mieux comprendre les rudiments de la distribution alimentaire. Pour une plus grande démocratie alimentaire, ces deux phénomènes se complémentent bien et permettent à l'industrie agroalimentaire d'être mieux comprise. En retour, les consommateurs, plus consciencieux, magasinent de manière plus d'astucieuse qu'auparavant. Notre relation avec l'alimentation a vraiment changé depuis quelques années, et c'est tant mieux.

Malgré tout, la situation canadienne n'est tout de même pas si pire que cela. Il est vrai que l'inflation alimentaire américaine est nettement inférieure à la nôtre. D'ailleurs, il existe actuellement environ 4,5% de différence entre les deux pays. Ce n'est pas rien. C'est aux États-Unis où l'on retrouve le panier d'épicerie le moins cher au monde, et de loin. Les Américains consacrent à peine 6,5% de leur budget à l'alimentation. Leur «Food Freedom Day» se situait dans la semaine du 23 janvier. C'est tellement tôt que c'en est ridicule.

Or, vu les différences économiques substantielles, comparer le Canada aux États-Unis est un exercice futile. La population, le climat, la devise, les politiques agraires, bref une multitude de disparités font en sorte que les deux pays sont pratiquement incomparables. Par exemple, la France célébrera sa journée d'affranchissement des dépenses alimentaires vers le 19 février et la Nouvelle-Zélande, vers le 25 février. L'Argentine, pour sa part, devra attendre aux alentours du 13 mars. Seuls les États-Unis, Singapore, l'Angleterre et la Suisse auront célébré la journée d'affranchissement alimentaire avant le Canada, malgré les hausses récentes. Somme toute, notre situation est quand même enviée par une majorité de pays occidentaux.

Puisque les prix alimentaires ont stagné depuis fort longtemps au Canada, nous vivons en quelque sorte un phénomène de rattrapage. La vitesse à laquelle ce changement s'effectue est sûrement un peu rapide pour certains, mais il va falloir s'y habituer. Avec un peu de ruse et beaucoup de créativité, manger sans se ruiner est toujours possible.

Le mécontentement palpable chez les consommateurs astreint les grandes chaînes de distribution alimentaire à faire quelque chose d'inhabituel. Ils font preuve d'une certaine compassion stratégique en prenant le temps d'expliquer les raisons sous-jacentes aux fluctuations brutales des prix par le biais d'enseignes aux points de service. Vu la volatilité de certains prix, quelques détaillants à travers le pays vont même jusqu'à assigner des préposés à l'entrée du magasin pour indiquer aux consommateurs où se trouvent les meilleures aubaines du jour. Des annonceurs d'aubaines, quoi!

Les détaillants sympathisent avec la clientèle, en temps réel, en simplifiant la vie de certains qui en ont grandement besoin.

Le bouleversement des prix alimentaires affecte plusieurs consommateurs moins nantis, c'est bien évident. Les banques alimentaires peinent à subvenir aux besoins des personnes éprouvées ces temps-ci. Malencontreusement, les hausses de prix alimentaire continueront, alors vaut mieux écouter ce que nous diront les préposés à l'entrée des supermarchés.

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