À propos de Rona

La vente de Rona, si impeccable soit-elle sur... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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La vente de Rona, si impeccable soit-elle sur le plan financier, n'était pas inévitable selon moi, d'autant plus qu'elle signifie la disparition d'un des derniers fleurons québécois du commerce de détail.

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Gaétan Frigon
La Voix de l'Est

Il était 6h14 mercredi matin quand j'ai reçu un courriel de la firme de relations publiques National, lequel commençait comme suit:«Je vous écris aujourd'hui de la part de Lowe's...».

Je n'ai pas eu besoin de poursuivre la lecture, car je savais très bien de quoi il s'agissait: Lowe's venait finalement de mettre la main sur Rona après une tentative infructueuse il y a trois ans. Et je savais que cette fois, Lowe's y mettrait le paquet et que la firme National s'assurerait de couvrir tous les angles de façon à ce qu'une annonce, négative en soi, puisse être perçue comme une annonce positive pour le Québec. On voulait tout faire pour éviter que Roland et Napoléon se retournent dans leurs tombes.

Je savais aussi qu'une telle transaction n'aurait pu se réaliser sans l'accord préalable et officiel de la Caisse de dépôt qui détient 17% des actions de Rona. Tout comme les autres acteurs, la Caisse aura choisi le chemin de la facilité, le chemin du gain immédiat en abdiquant devant ce qu'ils appellent une concurrence féroce de la part des Américains. Quant à l'autre mission de la Caisse, celle d'encourager les entreprises de chez nous, on repassera.

Je savais aussi que nos politiciens s'empareraient de la nouvelle pour faire de la politique, que Pierre-Karl Péladeau et François Legault, deux personnes qui connaissent très bien le monde des affaires, pleureraient des larmes de crocodiles, sachant très bien que le gouvernement ne peut rien y faire, car il s'agit bel et bien d'une transaction impeccable sur le plan financier.

En effet, tout le monde y gagne financièrement parlant: Lowe's profite de la faiblesse du dollar canadien pour maximiser son offre alors que les membres du conseil d'administration, les hauts dirigeants et les marchands actionnaires de Rona vont tous passer à la caisse. L'offre «irrésistible» de Lowe's aura eu raison des plus récalcitrants, comme quoi l'argent peut facilement avoir le dessus sur les sentiments patriotiques.

Pourtant, d'autres grandes entreprises québécoises ont choisi une voie différente devant l'adversité, devant une concurrence féroce, comme c'est le cas pour Metro, le frère jumeau de Rona. Attaqué autant par les géants anglophones que sont Loblaw's et Sobey's, que par les géants américains Walmart et Costco qui ont envahi le domaine alimentaire, Metro a su tirer son épingle du jeu avec le résultat que sa situation financière s'améliore au lieu de se détériorer. Rona aurait pu suivre la même voie d'autant plus que la haute direction actuelle, en place depuis seulement trois ans, avait permis à l'entreprise de redresser son bilan tout en changeant la culture trop fermée de l'entreprise. Dire publiquement que Rona n'était pas en mesure de se mesurer aux géants de la quincaillerie est un argument de perdants et non un argument de gagnants.

Il m'apparait évident que le Québec dans son ensemble ne peut finir gagnant de cette transaction, à moyen ou à long terme. On aura beau dire que les fournisseurs québécois vont pouvoir devenir fournisseurs de Lowe's à travers l'Amérique, que le siège social demeurera au Québec, que la majorité des emplois seront préservés, le fait demeure que le centre de décision change de place, qu'il y aura des effets secondaires. À titre d'exemple, la Banque Nationale est le banquier de Rona. Continuera-t-elle comme banquier de la nouvelle entreprise? À suivre.

Souvenons-nous lorsque Loblaw's a acheté Provigo en 1998. Malgré toutes les promesses, des centaines d'emplois ont été supprimés alors que toutes les décisions étaient prises de Toronto. Et la bannière Loblaw's avait remplacé la bannière Provigo dans les endroits stratégiques.

La vente de Rona, si impeccable soit-elle sur le plan financier, n'était pas inévitable selon moi, d'autant plus qu'elle signifie la disparition d'un des derniers fleurons québécois du commerce de détail.

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