Une fermeture sauvage

Au gouvernement, on fait valoir que Mélaric a... (tirée du site web de la Maison Mélaric)

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Au gouvernement, on fait valoir que Mélaric a refusé une mesure d'accompagnement qui lui aurait assuré un soutien financier temporaire, en retour d'une vérification de sa gestion interne.

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Il faut se méfier de l'emballement médiatique ou politique devant certaines photos et vidéos, tout en sachant reconnaître leur importance dans certaines situations. La photo du petit Alan Kurdi retrouvé noyé sur une plage de Turquie en a été un bon exemple.

C'est avec cet exemple en tête que j'ai observé la réaction des pensionnaires du centre de désintoxication Mélaric, à l'annonce de la fermeture de cette institution. Des gens qui pleurent à la télévision, ça envoie un message fort. Je parierais un gros 10 $ que le premier ministre Philippe Couillard a demandé un rapport sur le sujet en voyant les reportages à la télé.

Plusieurs questions se posent en suivi à cette fermeture sauvage. J'ai bien dit «sauvage», parce qu'il est scandaleux de soumettre la clientèle vulnérable d'une telle institution au choc d'une fermeture sans préavis et sans préparation. Si la direction de Mélaric n'avait plus les moyens de poursuivre son oeuvre, elle aurait dû cesser d'accepter de nouveaux pensionnaires au lieu de mettre tout le monde à la porte de façon aussi brutale.

Aurait-elle choisi d'agir devant les caméras de la télévision pour avoir un effet médiatique plus fort? C'est une question troublante. D'autant plus troublante que si on se fie à la version du gouvernement, la direction de Mélaric avait refusé la collaboration du Centre intégré de la santé et des services sociaux qui voulait prévenir d'abord les pensionnaires pour les rassurer.

D'ailleurs, toujours selon le gouvernement, les 43 pensionnaires judiciarisés concernés avaient déjà trouvé place ailleurs hier, et près de la moitié des bénéficiaires de l'aide sociale avaient également trouvé refuge dans d'autres institutions.

La directrice de Mélaric, Lise Bourgault, est la présidente de l'Association des centres de réadaptation en dépendance du Québec. Si elle a dramatisé l'annonce de la fermeture de son institution pour mousser la cause de son organisation, c'est condamnable. Il a été impossible d'avoir sa réaction hier.

Du côté gouvernemental, la vraie question est de savoir si la politique qui a mené à cette fermeture était nécessaire, juste et équitable. Les prestataires qu'on a vu pleurer, mardi à la télévision, étaient soit des itinérants, ou des toxicomanes aux prises avec la justice qui avaient accepté d'aller en cure de désintoxication au lieu d'aller en prison. Combien de gens sont dans cette situation au Québec? Pas beaucoup. Ce n'est pas auprès de ces gens vulnérables que le gouvernement va faire des économies.

Le cas plus global des bénéficiaires de l'aide sociale, itinérants ou pas, est plus complexe. Au gouvernement, on fait valoir que Mélaric a refusé une mesure d'accompagnement qui lui aurait assuré un soutien financier temporaire, en retour d'une vérification de sa gestion interne. Une vingtaine d'autres ont accepté. Ces institutions sont des entreprises privées; ce n'est pas surprenant qu'elles soient réticentes à une intervention gouvernementale dans leur gestion.

Mais elles vivent quand même des deniers publics et devraient accepter de rendre des comptes. C'est d'autant plus vrai dans le cas de Mélaric parce qu'elle a hérité d'une dette importante à la suite d'une fraude commise sous une administration précédente. Quand on demande un appui financier à même les taxes des contribuables, on accepte d'ouvrir ses livres.

Tout ça ne veut pas dire que les coupes à l'aide sociale du gouvernement Couillard sont justes et équitables. C'est pitoyable de voir un gouvernement réduire ses dépenses sur le dos des démunis. Mais ça ne veut pas dire non plus que les lobbies qui dénoncent les mesures d'austérité sont totalement désintéressés.

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