Noël aux multiples facettes : VI - Signification spirituelle

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Au fil du temps, Noël est devenue une fête familiale, sociale, voire une fête commerciale.

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La Voix de l'Est

Noël est devenue une fête familiale, sociale, voire une fête commerciale, mais il n'est pas dit que l'on ne peut en profiter, chacun à sa façon, pour réfléchir et améliorer un peu sa propre vie et celle autour de soi. Que l'on soit chrétien ou non.

Sens chrétien

Pour les chrétiens, Noël est d'abord la fête de la nativité de Jésus: elle fait mémoire de sa naissance en Palestine. Événement passé qui a marqué l'Occident, sinon le monde, et qui reste une source d'inspiration pour aujourd'hui.

Noël concerne ainsi le présent: l'ouverture des coeurs aujourd'hui aux valeurs évangéliques, l'approfondissement de la foi. Et le sérieux de l'engagement dans le monde.

Sur le plan théologique, en effet, Noël évoque le mystère de l'Incarnation. Celui-ci contient deux aspects bien présentés par une parole de saint Irénée, évêque de Lyon au IIe siècle, reprise par beaucoup de Pères de l'Église et commentée par bien des théologiens et des mystiques: «Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu». D'un côté, Dieu se fait homme: il prend tout de notre humanité: naissance, croissance, corps, émotions, amitiés, joies, souffrances, mort. D'un autre côté, il transfigure les êtres humains en fils et filles de Dieu. D'où une dimension inimaginable de l'être humain.

Le mystère de l'Incarnation exprime, en effet, la dignité de chaque personne, la valeur du corps humain et des réalités terrestres. Contrairement aux choses et objets qu'on achète, la personne n'a pas de prix: elle est une valeur et a une dignité. Les réalités terrestres ont leur propre importance et ne sont pas de simples occasions «de gagner son ciel». Le message radical de la fête de Noël en est un sur la responsabilité humaine: le sort du monde concerne chacun des êtres humains, nul n'est une île. Si le Christianisme est foi en Dieu, il est indissociablement foi en l'être humain, homme et femme. Et s'il est espérance: il est espérance en Dieu et en l'être humain.

Symbolisme spirituel

On peut élargir le sens de Noël et lui donner une signification spirituelle plus large, y compris dans une société sécularisée. Noël, en effet, appartient à l'univers émotionnel, culturel et religieux des Occidentaux. Réunions, décorations, chants, lumières, sapins, crèches, toute cette imagerie a quelque chose d'interpellant... au-delà des courses et du travail.

1. Fête de la famille. On pense d'abord à une fête de la famille. La famille, en effet, a besoin d'être valorisée, fêtée. Elle demande souvent des réconciliations et des pardons. Plus largement, Noël est la fête de l'amour et de l'amitié, notamment quand la famille n'est plus présente ou plus significative. Et les cadeaux peuvent contribuer à la création de cet esprit de solidarité.

2. Temps d'arrêt et ouverture à l'intériorité. Fête légale dans plusieurs pays, Noël instaure un temps d'arrêt dans la vie de travail, un temps de répit dans nos activités besogneuses, un temps de repos. Elle marque que les hommes et les femmes ne sont pas confinés à leurs tâches matérielles. Noël offre des occasions de réflexion. Il ouvre un chemin vers l'intériorité: l'entrée en soi-même, la reconnaissance de l'autre dans sa subjectivité. Ce faisant, il peut ouvrir à la transcendance. À travers toutes les manifestations, même déformées, c'est un peu le sacré qui se faufile et fait signe. Pas nécessaire, en effet, de croire en Dieu pour être rempli d'émotions et d'espoir à entendre chanter le traditionnel Entre le boeuf et l'âne gris ou l'Ave Maria de Haendel ou le Merry Christmas de John Lennon.

3. Symbole de vie et de renouveau. Centré sur la naissance de l'Enfant Dieu, Noël évoque plus particulièrement le symbolisme de la naissance, l'irruption du nouveau, de l'inédit, doublé de l'espoir d'un monde meilleur. À la naissance, en effet, est rattachée la joie d'une nouvelle vie, l'espoir de bonheur pour l'enfant et les parents, la confiance dans la suite du monde. Chaque naissance est une promesse inouïe de renouvellement pour l'humanité.

4. Occasion d'accueil et de partage. La pauvreté de la crèche, la simplicité des bergers, les dons des Rois-Mages évoquent un temps d'accueil et de partage. Par-delà ce qu'il peut y avoir de commercial et de conformisme dans l'échange de cadeaux, le geste constitue en soi une manifestation de partage et de don. Rien n'empêche d'y penser davantage. Amour des proches: conjoint/e, enfants, parents, amis, collègues, voisins. Au-delà de ce qu'il y a de limité dans les guignolées pour établir l'équité et la justice, celles-ci constituent quand même des gestes de solidarité irremplaçables. Et elles peuvent contribuer à changer le coeur.

En somme, il y a dans le rituel de Noël, une manifestation symbolique de ce que la vie est et devrait être: joie, confiance, fraternité, accueil, solidarité, partage... à l'opposé de la déprime, de la pauvreté, des inégalités, des exclusions. Si le symbole du gros bonhomme rouge et joufflu s'y prête peu, ceux de la crèche, des bergers et de l'étoile y parviennent. C'est certainement aussi signifiant que les contes du Petit Poucet, de Cendrillon ou L'histoire de la Chauve-souris qui voulait se faire des amis. La part du mythe dans le récit évangélique n'enlève rien à la richesse et à la fécondité du fait originel, ni à celle des rituels et des symboles actuels.

(Inspiré de son livre Fêtes, traditions et symboles chrétiens. Pour comprendre la culture québécoise, Fides, 2014.)

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