On a volé le rapport Charbonneau

En inscrivant une dissidence, le commissaire Lachance fait... (Paul Chiasson, La Presse Canadienne)

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En inscrivant une dissidence, le commissaire Lachance fait le jeu des deux partis politiques qui ont gouverné le Québec depuis les 70, et qui se sont livrés à un odieux marchandage des contrats gouvernementaux pour financer leurs activités.

Paul Chiasson, La Presse Canadienne

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Je ne sais pas ce qu'a pensé Renaud Lachance en lançant une telle grenade dans le chapitre le plus attendu de la Commission Charbonneau, portant sur le financement des partis politiques.

En inscrivant une dissidence, le commissaire Lachance fait le jeu des deux partis politiques qui ont gouverné le Québec depuis les 70, et qui se sont livrés à un odieux marchandage des contrats gouvernementaux pour financer leurs activités. Il explique dans sa dissidence qu'il ne peut souscrire à l'existence d'un lien indirect entre le versement de contributions politiques et l'octroi de contrats gouvernementaux. «À mon avis, la seule question à se poser pour conclure à l'existence de ce lien, qu'il soit direct ou indirect, est la suivante: le versement d'une contribution à un parti politique au niveau provincial a-t-il permis à une entreprise d'obtenir un contrat?»

Plus encore, M. Lachance affirme que «la description des témoignages est accompagnée de commentaires et d'analyses que je ne peux pas faire miens parce qu'ils sont inutiles et non pertinents au mandat de la Commission».

J'ai lu et relu le chapitre qui fait l'objet de cette dissidence. Un texte bien structuré, bien documenté, et proprement analysé. Les commentaires auxquels M. Lachance fait allusion sont tout à fait pertinents de la part d'une commission d'enquête qui a pris autant de temps et coûté aussi cher en fonds publics.

D'ailleurs la conclusion de ce chapitre stipule bien que «la sollicitation (des partis politiques) n'est pas fondée sur un contrat précis, mais plutôt sur l'ensemble ou le volume des contrats obtenus (...) On peut donc conclure qu'une forme de lien unissait l'obtention de contrats publics par des entreprises et le financement des partis politiques».

Plus prudent que ça, tu n'écris rien. Mais le commissaire Lachance aurait voulu qu'on lui démontre que tel ou tel contrat d'asphalte était lié précisément à tel ou tel don au parti au pouvoir. Il agit comme un juge qui réclamerait une photo de l'assassin en train de tuer sa victime pour le condamner, sans tenir compte de la preuve circonstancielle.

Je n'ai pas suivi les travaux de la Commission Charbonneau à tous les jours, comme l'a fait le commissaire Lachance. Peut-être qu'il sait des choses que je ne sais pas. Mais sa collègue Charbonneau a la même connaissance que lui du dossier, et elle conclut différemment. Qui a raison? L'opinion de Mme Charbonneau me semble beaucoup plus fidèle à tout ce qui s'est dit et écrit sur le sujet depuis la fin des années 90.

L'erreur de France Charbonneau est de ne pas avoir remplacé son commissaire Roderick Macdonald quand ce dernier est tombé malade. Si elle l'avait fait, on aurait aujourd'hui trois opinions sur le sujet, donc deux d'un côté, et une de l'autre. C'est d'ailleurs pour éviter la situation actuelle qu'il y avait trois commissaires à l'origine.

Le rapport de la Commission Charbonneau est une brique de plus de 1000 pages. Il aura disparu de l'actualité avant que les journalistes et les politiciens n'aient terminé sa lecture. Il est déplorable que la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, ait bloqué la tenue d'un huis clos avant la publication du rapport, afin de donner aux représentants des médias le temps de le lire. Il est tout aussi déplorable de voir le leader en chambre du gouvernement, Jean-Marc Fournier, responsable de l'accès à l'information, défendre ce manque de transparence.

Le gouvernement avait-il lu le rapport avant qu'il ne soit publié, a demandé la péquiste Agnès Maltais? Fournier a tourné autour du pot, ce qui équivaut à un oui. Dommage... Avant de croire à la transparence de votre gouvernement, M. Couillard, on repassera.

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